Son intervention éclaire d’un jour nouveau les raisons du blocage de sa mise en liberté provisoire et laisse entrevoir de possibles poursuites supplémentaires. Selon Yassine Fall, une fouille effectuée le 28 décembre 2025 au Pavillon spécial a permis la découverte de deux téléphones portables en possession de Farba Ngom, introduits en prison en violation flagrante de la loi n°87-15 sur le régime pénitentiaire et du règlement intérieur des établissements.
L’exploitation de ces appareils, a-t-elle expliqué, a mis au jour un réseau de communications « soutenues et structurées », loin du profil d’un détenu présenté comme affaibli par la maladie.
La ministre indique que ces téléphones ont servi à des échanges multiples, au Sénégal et à l’étranger, incluant des contacts au Maroc, au Mali, en Autriche, au Bangladesh et aux États-Unis.
Ils auraient été utilisés pour le suivi de chantiers en construction, des opérations financières nationales et internationales, mais aussi pour entretenir des liens réguliers avec des personnalités politiques, des avocats, des journalistes et des patrons de presse.
Les enquêteurs disent avoir identifié 65 interactions avec un acteur politique placé sous contrôle judiciaire, plus de 400 échanges avec un autre responsable politique, ainsi que de longs entretiens avec plusieurs avocats, dont trois anciens ministres, totalisant 259 minutes de communication avec l’un d’entre eux.
Des dizaines d’échanges sont également recensés avec un journaliste de presse en ligne, le directeur de publication d’un important groupe de presse et une journaliste-patronne de média.
Plus préoccupant encore, selon la garde des Sceaux, ces téléphones auraient servi à recevoir et diffuser des procès-verbaux judiciaires confidentiels concernant un codétenu dans deux dossiers distincts.
Ils auraient également permis la réception et le partage de contenus à caractère pornographique, « y compris avec l’un de ses avocats », ainsi que des échanges portant sur des « manœuvres et complots à caractère politique susceptibles de troubler l’ordre public ».
S’agissant des avocats mentionnés dans ces échanges, Yassine Fall a annoncé la saisine prochaine du bâtonnier, afin que les instances ordinales puissent apprécier d’éventuels manquements professionnels ou déontologiques.
Sur le plan pénal, elle a évoqué des faits « susceptibles de qualifications multiples », laissant entendre que le ministère de la Justice demandera l’ouverture d’enquêtes approfondies pour faire toute la lumière sur ces agissements présumés.
La ministre a également tenu à répondre aux déclarations mettant en avant la fragilité de l’état de santé de Farba Ngom pour justifier une libération rapide.
« Contrairement aux allégations faisant état d’une incompatibilité sanitaire avec la détention, les éléments objectifs relèvent une activité soutenue et constante incluant communications multiples, coordination de flux financiers et stratégies diverses », a-t-elle affirmé, précisant que toute évaluation médicale relève des seules autorités sanitaires et « ne saurait faire obstacle à l’application de la loi ».
En conclusion, Yassine Fall a réaffirmé la ligne de son département : « L’État du Sénégal maintient une politique de tolérance zéro face à la criminalité organisée, aux violations des règles carcérales et à toute tentative d’instrumentalisation politique de faits judiciaires graves. La justice agira avec fermeté, dans le strict respect de la loi et des droits, afin de préserver l’autorité de l’État et la confiance des citoyens. »
Ces déclarations replacent l’affaire Farba Ngom au cœur du débat public, bien au-delà du seul dossier financier à l’origine de son incarcération.
Elles ouvrent une nouvelle séquence judiciaire, où se croisent désormais discipline carcérale, secret de l’instruction, responsabilités professionnelles et soupçons d’activités politiques menées depuis la prison.

