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Féminicide au Sénégal : Le sang des femmes et la faillite du silence

EDITORIAL
Mercredi 28 Octobre 2026

Féminicide au Sénégal : Le sang des femmes et la faillite du silence


Treize. Treize vies fauchées, brisées, arrachées depuis le début de l'année sur l'autel d'une barbarie patriarcale que la République regarde trop souvent en baissant les yeux.

Derrière les statistiques macabres, il y a des prénoms qui hantent désormais la conscience sénégalaise : Mame Diarra Sow, Aminata Sy, Astou Pierre, Ndeye Bigue Sene.

Autant de tragédies intimes qui composent un véritable massacre à huis clos, perpétré dans l'indifférence glaciale de ceux qui ont pourtant juré de protéger chaque citoyen.  
 

Où est l'État ?


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C'est la question qui brûle les lèvres d'une société civile ulcérée, des mouvements féministes jetés en sentinelles solitaires et de citoyens réduits au rôle de spectateurs impuissants d'une tragédie sans fin. Face à cette recrudescence de violences extrêmes, le ministère de la Famille et des Solidarités s'enferme dans un mutisme assourdissant.


Ce silence n’est pas un simple raté de communication ; c’est une abdication politique caractérisée. Ne pas dire un mot, ne pas manifester la moindre compassion officielle, ne pas esquisser l'ombre d'une politique publique d'urgence, c'est offrir un insupportable blanc-seing aux bourreaux. C'est valider l'impunité par l'indifférence.
 

Car la violence faite aux femmes au Sénégal n'est en rien une somme de « faits divers » malheureux qu'on traite au cas par cas entre deux communiqués sécuritaires. C'est un fléau systémique, une gangrène sociale qui exige une réponse politique globale et intransigeante.

Lire aussi: Nommer pour protéger : l'urgente nécessité d'inscrire le féminicide dans le Code pénal sénégalais

Quand le droit pénal refuse de nommer les choses par leur nom , en s'entêtant à faire l'économie de la qualification spécifique du féminicide, c'est toute la chaîne de la justice qui bégaie. La bravoure des forces de police qui interpellent les suspects après coup ne suffira jamais à endiguer une culture de la domination qui tue. La répression est une béquille nécessaire ; elle ne remplace pas la prévention.


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Il est grand temps que le gouvernement sorte de sa torpeur coupable. Un pouvoir qui est arrivé par la promesse de la « rupture » ne peut plus se complaire dans l'immobilisme face au sang qui coule. L'urgence commande des actes immédiats et non négociables : l'inscription formelle du féminicide dans le Code pénal, la mise en place de véritables centres d'accueil d'urgence sécurisés pour les femmes menacées, et un traitement prioritaire, sans laxisme, des plaintes pour violences conjugales.
 

Chaque jour de silence institutionnel constitue un signal de faiblesse envoyé aux agresseurs, une complicité passive que l'histoire jugera sévèrement.


Mame Diarra, Aminata, Astou, et toutes celles que le système n'a pas su protéger, méritaient mieux que l'indifférence des salons ministériels. À force de détourner le regard, l'Exécutif prend le risque tragique de voir le sang des femmes éclabousser la légitimité de ses promesses de changement.

 


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