Le temps de l’alternance générationnelle

TRIBUNE LIBRE
Lundi 13 Février 2017

Le temps du dégagisme a sonné. Le temps des révolutions coperniciennes inspirées des idéologies clivantes est révolu. Il a emporté aussi leurs valeureux zélateurs, d'hier. Derrière ce terme barbare et à la limite violente se profile, une réelle exigence de renouvellement de la classe politique, notamment dans nos institutions. Partout dans le monde les quadras et les quinquagénaires prennent le pouvoir et tentent d'imprégner de leur esprit de réforme la nouvelle gouvernance.


Momar Seyni Ndiaye
Momar Seyni Ndiaye
Ce vent de changement, s'inspire d'un principe simple : toute nouvelle génération, génère un nouveau peuple. Loin de verser dans un jeunisme de mauvais aloi, la prise en compte du dividende démographique et de l'approche genre dans nos institutions est exigence ? L'a-t-on compris au Sénégal ? Rien n'est moins sûr ! 
Ainsi donc le Président de l'APR a décidé de désigner le Président Moustapha Niasse de l'AFP tête de liste de la coalition Benno Bokk Yaakaar aux prochaines législatives du 30 juillet. Le leader des progressistes devrait en toute conséquence, hériter naturellement du Perchoir, pour une durée de cinq ans. Les Sénégalais dans leur grande majorité ne garderont pas un souvenir impérissable de cette législature de toutes les dérives commises dans l'hémicycle. Comment passer par pertes et profits, ces innommables dérivations ?

A moins de considérer que l'assemblée n'a qu'une fonction supplétive dans sa mission essentielle de contrôle de l'action gouvernementale et de source de propositions de loi, comment ne pas imaginer insuffler du sang neuf dans cette institution cardinale ? Dans ces conditions, conduire les hommes, équivaut, assurément à reconduire les problèmes. L'absence de renouvellement à la tête de l'assemblée nationale, amène inéluctablement à faire le choix du conservatisme et du statu quo. Impensable ! 
Notre démocratie n'aura cette stature représentative que si l'équilibre des pouvoirs dans nos institutions est préservé. A ce titre le choix des hommes et des membres pour diriger ces institutions doit épouser l'esprit du temps, qui exige la promotion d'hommes et de femmes jeunes, créatifs, indépendants, et féconds dans leur capacité à porter les réformes et les changements attendus par les mandats. La fonction parlementaire ne saurait trainer les tares d'une asthénie structurelle à cause des jeux d'alliances clientélistes et politiciennes, imposées au nom d'un centralisme démocratique éculé. Trois fondements majeurs doivent constituer les socles du renouvellement :
 
  • - Le dividende démographique qui nous permettra de tirer tous les profits de l'énergie créatrice des jeunes. Il est à ce titre regrettable que le Président Sall ait pris sur lui la responsabilité de porter à 68 ans l'âge de la retraite des présidents d'institution juridictionnelle. Quid des perspectives de jeunes magistrats harassés par le conservatisme et les liens ombilicaux entre la chancellerie judiciaire et le Palais ! Même remarque pour le Haut Conseil des Collectivités Territoriales, dont le bureau et la composition sont trustés par des sept tégénaires ancrés dans leur conservatisme inhibant. Que dire du Conseil Economique Social et Environnemental, plombé par le même conformisme qui forcément imprègne les avis consultatifs censés alimenter les décisions gouvernementales
 
  • - L'approche genre, dont la manifestation institutionnelle est la loi sur la parité. En dépit de ses insuffisances actuelles du fait de dérives clientélistes, cette démarche devrait être renforcée par un leadership féminin de haute facture. Il manque dans notre dispositif de gouvernance, des leaders femmes jeunes, instruites, engagées, compétentes et professionnelles pour irriguer de leur savoir-faire reconnu la vie de nos institutions. Peu importe leur positionnement politique
 
  • - Les droits sociaux : après s'en être fait le chantre, le Président Sall semble marquer le pas sur cette approche essentielle, visant à l'implication de nombre de catégories sociales jusqu'ici marginalisées dans les centres de conceptions, de mise en œuvre et de prise de décision. Associés au dividende démographique, la solidarité sociale, et la reconnaissance sociétale des minorités culturelles, à l'approche genre, ces droits sociaux sont un levier essentiel d'une nouvelle forme d'émergence inclusive. 
 
Le Président Sall symbolise lui-même l'exemple achevé de cette résilience politique, qui a permis de mettre fin au wadisme. Les ruptures qu'il avait annoncées durant sa campagne électorale et son avènement, devaient en matérialiser l'effectivité. On en est loin, pour l'heure. L'absence de renouvellement du personnel politique dans nos institutions, constitue le premier frein à cette évolution attendue, comme une vraie demande sociale.
Après une législature marquée par d'incroyables dérages, l'image de notre illustre assemblée s'est sensiblement dégradée. Très peu, voire presque sans initiative parlementaire d'envergure, théâtre d'impensables scènes de pugilats verbaux à la limite physiques, absentéisme compulsif, immixtion dans les affaires intérieures des groupes parlementaires avec un évident parti-parti en faveur d'alliés potentiels de la majorité, on aura tout vu dans cette législature. 
Elle a commencé dans une totale confusion avec la fronde virulente de Moustapha Cissé Lô contre le choix du Président de l'AFP à la tête de l'assemblée. Elle se sera poursuivie avec les indécentes "indemnisations" des députés Mbaye Ndiaye et Moustapha Cissé Lô, il est vrai injustement, boutés hors de l'institution par l'omnipotent Me Wade. Ajoutons-y les changements et autres manipulations des textes sur la durée du mandat du président de l'assemblée, les invectives, l'attitude dilettante du Premier ministre et des ministres, si peu enclins à croiser le fer avec les députés. Pour tout conclure dans l'inertie totale des députés approbateurs, si peu diserts sur les affaires (Pétrotim, écarts dans la mise en œuvre du code des marchés, dérives sécuritaires etc.)

L'entière responsabilité de ces distorsions ne revient, certes, pas au Président Niasse. Le comportement des députés révèle un malaise profond dans les relations entre les partis politiques et en leur sein. Nombre de ces contradictions ont hélas, trouvé leur champ d'expression dans l'hémicycle. Cependant, on comptait beaucoup sur le professionnalisme et l'expérience du Président Niasse, pour conjurer et prémunir l'institution contre ces aspérités nuisibles à l'assemblée nationale. 
A l'arrivée, la déception fut grande, car ce capital de savoir-faire a fait défaut à l'assemblée toute la législature durant. Un vrai calvaire duquel on avait hâte de sortir, car personne, ne doit s'accommoder de cette situation désastreuse. Le rôle et place de l'assemblée nationale sont trop importants pour notre démocratie, notre architecture institutionnelle, la régulation de notre société, pour qu'on assiste impassible face à ce délitement.
A l'heure, on s'achemine vers une nouvelle législature, il serait impardonnable de ne pas tirer les leçons de ces cinq dernières années d'un parlementarisme débridé et hors sol. Le parlement devrait être le premier théâtre du renouvellement du personnel politique, qui doit s'opérer dans les partis d'abord, avant que cette lame de fond ne touche les institutions.
La coalition Benno Bokk Yaakaar et sa pérennisation ne sauraient pas constituer un prétexte pour perpétuer des pratiques surannées de clientélisme. De toute manière, l'équilibre de ce conglomérat hirsute dépend du respect de l'esprit de partenariat et des démarches inclusives qui doivent les sous-tendre. Désigner une tête de liste sans consultation préalable de la coalition à plus forte raison de son propre parti ne va dans la bonne direction de cette démarche. Surtout au mépris des exigences substantielles de la démocratie interne, socle de la survie des partis et des coalitions. 
La concertation pour la recherche de consensus, la primauté accordée à l'énergie créatrice, la compétence, la loyauté sont les bases de toute forme de gouvernance.
Momar Seyni Ndiaye, seneplus

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