Une présidence « victime de ses succès » et la question de la diabolisation
Revenant sur les virulentes attaques qui ont émaillé le second mandat de Macky Sall, Mamadou Djigo rejette catégoriquement l'idée d'un rejet populaire fondé sur le bilan. Selon l'ancien patron de l’ANAT, la stratégie de dénigrement visait avant tout à entraver des réformes d'envergure.
« Je pense que le président Macky Sall a été victime de ses succès. Plus il obtenait des résultats, plus il dérangeait des intérêts politiques, économiques et géostratégiques. À mes yeux, il n’a pas été diabolisé à cause de ses échecs, mais principalement en raison de ses réussites et parce qu’il a porté atteinte aux intérêts de ceux que je considère comme les ennemis du Sénégal. »
Tout en dénonçant une campagne de désinformation d'une ampleur inédite, portée par des manipulations et des propagandes amplifiées par les réseaux sociaux, Mamadou Djigo concède toutefois une faille de la part de l'équipe au pouvoir.
Il reconnaît en effet une responsabilité partagée dans le déficit de communication pédagogique, déplorant le fait que les collaborateurs n'ont pas toujours su imposer leur récit face à la radicalisation de la parole politique avant la présentation des faits.
Une convergence d'intérêts contre l'autorité de l'État
S'exprimant sur ce qu'il qualifie d'« ennemis du Sénégal », l'ancien collaborateur de Macky Sall décrit un phénomène de convergence d'intérêts sans pour autant parler d'une coalition formellement organisée.
Il pointe notamment le rôle clé du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC), dont les capacités ont été drastiquement réduites sous la présidence précédente grâce à une stratégie alliant développement territorial, présence militaire renforcée et démantèlement des bases arrière en Gambie et en Guinée-Bissau.
Mamadou Djigo intègre également dans cette dynamique de contestation les réseaux affiliés à l'ancien régime gambien de Yahya Jammeh, les acteurs du narcotrafic et de la criminalité transfrontalière affectés par la sécurisation des frontières, ainsi qu'une opposition politique menée par le PASTEF qu'il accuse d'avoir privilégié une stratégie de confrontation permanente.
Évoquant la période de crises majeures liées aux affaires judiciaires de ces dernières années, il estime qu'Ousmane Sonko a incarné une forme de populisme ayant radicalisé une partie de la jeunesse, tout en rappelant que la justice demeure la seule souveraine dans l'établissement des responsabilités pénales.
L'héritage des grands chantiers et l'horizon onusien
Interrogé sur les critiques relatives à l'endettement et aux difficultés du quotidien ressenties par une partie de la population, Mamadou Djigo oppose la réalité concrète des infrastructures modernes laissées en héritage.
Du Train Express Régional (TER) au Bus Rapid Transit (BRT), en passant par l'autoroute Ila Touba, l'Aéroport international Blaise Diagne (AIBD), les hôpitaux régionaux et l'entrée du Sénégal dans l'ère des producteurs d'hydrocarbures avec Sangomar et GTA, il martèle que ces investissements productifs préparent le pays pour les cinquante prochaines années.
« Les polémiques appartiennent au temps politique ; les grandes réalisations appartiennent à l’histoire », résume-t-il pour qualifier le parcours du bâtisseur de Diamniadio.
Fort de ce bilan et du retour récent de l'ex-président au Sénégal ayant drainé une forte mobilisation, Mamadou Djigo estime que la candidature de Macky Sall au poste de Secrétaire général de l'ONU constitue la suite naturelle d'une trajectoire d'État d'exception.
Mettant en avant son expérience combinée d'ingénieur, d'ancien ministre, de président d'institution et de chef de l'Union africaine, il conclut en décrivant Macky Sall comme le profil idéal pour porter la voix d'une Afrique francophone et d'un multilatéralisme renouvelé à la tête des Nations Unies.
