Nommer pour protéger : l'urgente nécessité d'inscrire le féminicide dans le Code pénal sénégalais

EDITORIAL
Mercredi 28 Octobre 2026

Les mots ont un sens, et leur absence a des conséquences tragiques. Au Sénégal, lorsqu'une femme est assassinée parce qu'elle est une femme, sous les coups de son conjoint, de son ex-partenaire ou dans le cadre de violences sexistes, la justice la qualifie le plus souvent d'« homicide volontaire », de « meurtre » ou d'« assassinat ».


Des termes juridiques neutres, aveugles au genre, qui gomment la racine systémique, idéologique et patriarcale de ces crimes. Face à l'effroyable recrudescence des drames qui frappent notre pays, du meurtre de Mame Diarra Sow à celui d'Aminata Sy, notre arsenal juridique accuse un retard coupable. Il est grand temps d'introduire formellement le crime de féminicide dans le Code pénal sénégalais.


Pourquoi une telle spécificité juridique est-elle devenue une impérieuse nécessité ? Parce que le droit est le miroir des valeurs d'une société et le premier bouclier des plus vulnérables.

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Tant que le meurtre d'une femme au sein du couple ou de la famille sera banalisé ou aseptisé sous des qualifications générales, la République continuera de traiter comme de simples « faits divers » ou des « drames passionnels » ce qui relève, en réalité, d'un fléau structurel. Le féminicide n'est jamais un accident isolé ni un accès de folie soudain : il est l'aboutissement macabre d'un continuum de dominations, de violences physiques, psychologiques et économiques tolérées ou minimisées par le corps social.
 

Inscrire le féminicide dans la loi n'est pas qu'une coquetterie sémantique ou un mimétisme occidental, comme certains esprits rétrogrades l'affirment parfois trop vite. C'est un acte politique et républicain majeur.





D'abord, parce que nommer un crime, c'est reconnaître la spécificité de la victime et la nature sexiste de l'agression. Ensuite, parce qu'une telle qualification pénale permettrait enfin de disposer de données statistiques officielles, rigoureuses et transparentes sur ces assassinats, brisant ainsi l'omerta qui entoure les violences de genre. Enfin, elle obligerait l'appareil judiciaire, les forces de sécurité et les travailleurs sociaux à adapter leurs grilles de lecture, à prioriser le traitement des plaintes pour violences conjugales avant qu'elles ne basculent dans l'irréparable, et à appliquer des sanctions à la hauteur de la gravité de ces actes.




 

Le législateur sénégalais, qu'il siège dans la majorité ou dans l'opposition, ne peut plus se retrancher derrière le silence ou l'inertie institutionnelle. Un pays qui ambitionne d'incarner la modernité, la justice sociale et la rupture démocratique ne peut continuer de tolérer que la moitié de sa population vive sous la menace permanente de la violence mortelle.
 

La protection des femmes et des jeunes filles n'est pas une question subsidiaire ; c'est le thermomètre de la santé morale d'une nation. En refusant de nommer le féminicide, la loi le banalise. En le reconnaissant enfin, l'État enverra un signal clair et intransigeant : la vie des femmes a un prix, et nul ne peut désormais attenter à leur existence dans l'impunité ou l'indifférence générale.