Devant les députés, à l'occasion de la clôture du Débat d'orientation budgétaire (DOB), le ministre des Finances, du Budget et du Plan, Cheikh Diba, a dévoilé la trajectoire financière du Sénégal pour la période 2027-2029.
Face à un environnement international assombri par les tensions géopolitiques et le durcissement des conditions de financement, l'exécutif assume un virage stratégique majeur fondé sur un triptyque clair : assainissement rigoureux des finances publiques, mobilisation sans précédent des ressources internes et accélération des investissements productifs.
Alors que la croissance nationale s'établit à 3,2 % pour l'exercice 2026, le gouvernement met en avant sa capacité de résilience, illustrée par un déficit budgétaire contenu à 6,4 % du PIB en 2025, une performance nettement supérieure à l'objectif initial de 7,8 %.
Pour consolider cette trajectoire et restaurer la confiance des marchés, l'exécutif maintient le dogme de la rigueur budgétaire tout en engageant un bras de fer feutré, mais d'une transparence inédite, avec le Fonds Monétaire International (FMI).
Les vérités du ministre sur le FMI : Un écart de reporting historique
Pour expliquer la longueur et la complexité des négociations en cours avec les institutions de Bretton Woods, Cheikh Diba a crevé l'abcès devant la représentation nationale.
Le ministre a révélé sans détour que le Sénégal a, pendant de nombreuses années, communiqué au FMI des données erronées sur ses finances publiques. C'est le grand chantier de la numérisation de la gestion budgétaire qui a mis en lumière des écarts vertigineux entre les chiffres transmis par le passé et les statistiques réelles, qu'il s'agisse du déficit ou du taux d'endettement.
« Depuis la création des institutions de Bretton Woods, le FMI n’a jamais connu un écart de reporting d’une telle ampleur. »
Plutôt que de fuir, le gouvernement a choisi d'assumer ces manquements historiques en s'engageant dans une démarche de transparence absolue.
Le Fonds exigeant d'être convaincu, mesure par mesure, de la crédibilité de la nouvelle trajectoire, une matrice de réformes a été établie. Le Sénégal a d'ores et déjà satisfait à l'essentiel de ces exigences, et s'attelle à finaliser les derniers points, notamment la création d'une direction générale du financement et de la dette pour centraliser et sécuriser la gestion de l'endettement public.
Dette publique : Le refus catégorique de la restructuration
Sur la question ultrasensible de la dette, Cheikh Diba s'est montré inflexible. La position de l'État du Sénégal est et restera inchangée : il n'y aura pas de restructuration de la dette. Le ministre a martelé que cette option est « claire, nette et précise », expliquant que les objectifs visés par les partisans d'une restructuration peuvent être atteints avec un coût d'opportunité bien moindre grâce au plan de traitement existant.
Pour normaliser ses relations avec le FMI sans ébranler la signature financière du pays, l'État suit un processus en deux étapes :
L'obtention d'un waiver : Une renonciation du Fonds à réclamer le remboursement immédiat des sommes prêtées, obtenue en démontrant la bonne foi et la crédibilité des réformes en cours.
La conclusion d'un nouveau programme : Conditionnée à la validation du cadrage macroéconomique réactualisé, pour lequel les équipes s'activent à prouver la viabilité et la soutenabilité de la dette à long terme.
« Nous ne sommes plus très loin du but », a assuré Cheikh Diba, annonçant une échéance décisive fixée au 15 juillet prochain pour sceller ce nouveau programme.
Moins de fonctionnement, plus d'investissements productifs
Le Document de programmation budgétaire économique et pluriannuelle (DPBEP) consacre une profonde modification de la structure de la dépense publique.
Le gouvernement prévoit une baisse de près de 160 milliards de FCFA des dépenses de fonctionnement, obtenue grâce à la rationalisation des subventions, des transferts courants et à une gestion plus rigoureuse du train de vie de l'État, des gages d'orthodoxie budgétaire particulièrement scrutés par les partenaires internationaux.
Cette baisse du fonctionnement permettra de libérer des marges de manœuvre pour l'investissement, qui connaîtra une hausse de plus de 510 milliards de FCFA pour s'établir à 7 840 milliards sur trois ans.
Ces enveloppes cibleront en priorité les secteurs à fort impact social et économique, à l'image des infrastructures, de l'agriculture, de l'industrie, de l'énergie, de l'éducation, de la santé et de la protection sociale.
En interne, le processus s'accélère : dès le 5 juillet, les ministères sectoriels recevront leurs enveloppes indicatives pour ouvrir la phase des conférences budgétaires, intégrant les préoccupations soulevées par les députés.
Les hydrocarbures au service de la transformation locale
Pour ce premier exercice triennal depuis l’entrée du Sénégal dans le club des nations productrices d’or noir et de gaz, les revenus issus des hydrocarbures sont projetés à 703 milliards de FCFA entre 2027 et 2029.
Le ministre a tenu à rassurer la représentation nationale : ces ressources ne viendront pas alimenter une économie de rente.
Elles seront fléchées en priorité vers les secteurs sociaux, le développement des PME, les campagnes agricoles et le soutien au pouvoir d'achat des ménages vulnérables.
Sur les 18 286 milliards de FCFA de recettes globales attendues pour le budget général, pas moins de 17 654 milliards proviendront exclusivement des ressources internes grâce à la modernisation du Code des douanes et du Code général des impôts.
En ligne de mire, l'exécutif vise un retour progressif aux normes de convergence de l'UEMOA, prévoyant de ramener le déficit budgétaire à 4,9 % du PIB en 2027, puis à 3,8 % en 2028, pour atteindre le plafond vertueux de 3 % à l'horizon 2029.
Selon Cheikh Diba, ce programme incarne un véritable changement de paradigme destiné à bâtir une économie souveraine, axée sur la production, la transformation locale et le "Made in Sénégal".
