La bataille judiciaire autour de l’ancien ministre de la Jeunesse et ex-coordonnateur du Programme des domaines agricoles communautaires (Prodac), Pape Malick Ndour, connaît un nouveau rebondissement. Selon des informations rapportées par L’Observateur, la Chambre d’accusation du Pool judiciaire financier (PJF) a décidé, lors de son audience d’hier, de renvoyer au 21 janvier 2026 le délibéré sur l’appel du Procureur financier, qui réclame son placement sous mandat de dépôt.
La juridiction a estimé nécessaire de disposer de l’intégralité du dossier d’instruction avant de se prononcer, prolongeant ainsi la période d’incertitude pour l’ancien ministre, actuellement placé sous bracelet électronique depuis le 7 novembre 2025, en vertu d’une décision du juge d’instruction Idrissa Diarra – décision farouchement contestée par le Parquet financier.
Un Parquet déterminé à obtenir l’incarcération
Le Procureur financier maintient la pression. Il a interjeté appel de l’ordonnance ayant accordé une liberté provisoire sous surveillance électronique à Pape Malick Ndour, estimant que cette mesure est disproportionnée au regard de la gravité des faits visés : association de malfaiteurs, escroquerie sur des deniers publics et blanchiment de capitaux, dans le cadre du dossier Prodac.
Après près de deux mois, le dossier est finalement arrivé devant la Chambre d’accusation. Mais alors qu’une décision était attendue, la juridiction a choisi de rabattre le délibéré et de repousser son verdict, le temps de prendre connaissance de toutes les pièces du dossier.
« Il est déjà en prison chez lui »
Joint par L’Observateur, Me Antoine Mbengue, avocat de la défense, confirme que le renvoi est lié à une communication incomplète du dossier d’instruction à la Chambre.« Très souvent, le dossier d’appel est transmis en partie. Or, dans nos plaidoiries, plusieurs questions ont été soulevées. La Chambre a donc souhaité disposer de plus de lumière avant de trancher », explique-t-il.
L’avocat ne cache pas son incompréhension face à l’insistance du Parquet :
« Le Procureur veut voir Pape Malick Ndour en prison, alors qu’il est déjà en prison chez lui », ironise-t-il, considérant que le bracelet électronique constitue une forme réelle de privation de liberté.
Sous surveillance de l’Administration pénitentiaire, l’ancien ministre ne peut quitter son domicile qu’à des conditions très strictes, au risque de voir la mesure révoquée et une incarcération ordonnée.
La défense estime donc que l’appel du Parquet est excessif et difficilement justifiable, rappelant que son client s’est toujours présenté aux convocations judiciaires et a déjà été entendu sur le fond du dossier.
Au cœur du dossier : 2,7 milliards de francs CFA en question
L’affaire trouve son origine dans un rapport d’expertise comptable réalisé par le cabinet ADR, dirigé par l’expert-comptable Abdoulaye Dramé. Commandé en janvier 2025, ce rapport, cité par L’Observateur, met en exergue des irrégularités financières estimées à 2,7 milliards de francs CFA, ainsi que des retenues de garantie d’environ 40 millions de francs CFA liées au Domaine agricole communautaire (DAC) de Séfa, dans la région de Sédhiou.
Ces éléments ont conduit le Parquet à élargir les poursuites à Pape Malick Ndour et à l’homme d’affaires Khadim Bâ, directeur général de Locafrique.
L’ancien coordonnateur du Prodac, lui, rejette catégoriquement les accusations. Il soutient n’avoir jamais eu la gestion directe des fonds aujourd’hui mis en cause et affirme que sa responsabilité est engagée à tort dans cette affaire.
Une décision très attendue
Désormais, tous les regards sont tournés vers la Chambre d’accusation du PJF, qui devra se prononcer le 21 janvier 2026.Deux scénarios se dessinent soit elle confirme la liberté provisoire sous bracelet électronique, soit elle suit les réquisitions du Procureur financier et ordonne le placement sous mandat de dépôt de Pape Malick Ndour.
Au-delà du seul cas de l’ancien ministre, ce verdict sera scruté comme un signal fort sur la manière dont la justice sénégalaise entend traiter les dossiers emblématiques de détournement présumé de deniers publics issus de l’ère Prodac.
