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Recrutement d’enseignants sénégalais par la Guinée : Ce qu'en pense Souleymane Bachir Diagne

EDUCATION
Lundi 12 Janvier 2026

Recrutement d’enseignants sénégalais par la Guinée : Ce qu'en pense Souleymane Bachir Diagne

 

Invité de l’émission Point de vue sur la RTS ce dimanche 11 janvier 2026, le professeur Souleymane Bachir Diagne s’est exprimé sur la controverse née autour du recrutement d’universitaires sénégalais par la République de Guinée. Une séquence qui a enflammé le débat public et conduit les autorités sénégalaises à rappeler le principe d’exclusivité de l’emploi dans l’enseignement supérieur public, en insistant sur la nécessité de clarifier les engagements professionnels des enseignants concernés.
Dès l’entame, le philosophe a dit sa surprise devant la manière dont le dossier a été présenté dans l’espace public. L’idée d’un “exode des cerveaux” vers la Guinée lui paraît exagérée, voire mal formulée. À l’en croire, il est peu plausible d’imaginer des universitaires sénégalais faire le choix d’un départ durable ou d’une installation à long terme en Guinée. Pour lui, le débat gagnerait à sortir des lectures sensationnalistes pour se concentrer sur ce qui fait réellement problème : les conditions, le cadre et les implications de cette mobilité académique.
Selon Souleymane Bachir Diagne, le cœur du dossier réside surtout dans la réponse d’enseignants sénégalais à un appel d’offres guinéen, dans un contexte où les modalités contractuelles ne sont pas encore totalement éclaircies. Il souligne que la liste des profils évoqués, notamment dans les domaines des sciences, technologies, ingénierie et mathématiques, ne correspond pas à une logique de fuite ou d’abandon d’institutions, mais davantage à un appui ponctuel, comme on en voit fréquemment dans les coopérations universitaires.
L’universitaire insiste sur un point : rien ne permet d’affirmer que ces enseignants envisagent de quitter leurs fonctions au Sénégal. Il s’agirait plutôt, dans la plupart des cas, de prestations ou d’engagements limités dans le temps, destinés à renforcer l’enseignement supérieur guinéen. Toutefois, il introduit une distinction importante, car toutes les situations ne se valent pas. Certains enseignants vacataires sont naturellement en quête d’opportunités, d’autres sont à la retraite et disposent d’une liberté totale dans le choix de leurs engagements. La difficulté apparaît surtout lorsqu’il s’agit d’enseignants titulaires dans les universités sénégalaises, liés à des obligations administratives, pédagogiques et scientifiques qu’il faut pouvoir mesurer et garantir.
C’est précisément sur ce dernier groupe que se cristallisent les préoccupations de la tutelle. Le fait que certains aient répondu à l’appel guinéen sans passer par des circuits institutionnels ou des mécanismes officiels de coopération soulève une question de méthode et de gouvernance. Pour Souleymane Bachir Diagne, une telle mobilité devrait idéalement s’inscrire dans les protocoles de coopération existant entre États et universités, afin d’éviter les zones grises. Il estime logique que le ministère cherche à savoir dans quel cadre des enseignants sénégalais interviennent dans un pays voisin, et surtout comment leur charge de travail au Sénégal est assurée pendant ce temps.
Sur l’exclusivité de l’emploi, le professeur adopte une position nette. Interdire d’être titulaire de deux postes à la fois n’a rien d’exceptionnel : c’est une règle largement partagée dans le monde académique, précisément pour garantir l’intégrité du service public et la cohérence des obligations professionnelles. Dans cette perspective, les contrôles et vérifications annoncés par les autorités prennent, selon lui, un sens institutionnel clair : il s’agit de déterminer la compatibilité entre un contrat extérieur et les engagements dus à l’université d’origine.
Élargissant le propos, Souleymane Bachir Diagne a replacé cette controverse dans un malaise plus profond : les fragilités de l’université publique, confrontée à une concurrence croissante d’opportunités extérieures, notamment dans le secteur privé. En s’appuyant sur les analyses d’Ibrahim Thioub et du docteur Papa Abdoulaye Seck, il a évoqué le risque d’un système où les meilleurs profils se dispersent, non pas par départ définitif, mais par multiplication d’activités parallèles.
Il met ainsi en garde contre ce qu’il appelle une “carrière horizontale”, où l’on accumule des engagements pour accroître ses revenus, parfois au détriment de la progression académique classique et de l’exigence scientifique. À terme, cette logique peut peser sur la productivité intellectuelle, affaiblir la recherche et réduire la qualité de l’encadrement et de la formation, surtout si les charges d’enseignement et de supervision ne sont plus pleinement assumées.
En conclusion, l’universitaire plaide pour une approche équilibrée : la mobilité académique doit être vue comme une richesse et une chance pour les systèmes africains lorsqu’elle est structurée, transparente et régulée. Elle devient problématique seulement lorsqu’elle se fait sans cadre clair, au risque de fragiliser les institutions d’origine. Pour Souleymane Bachir Diagne, l’enjeu n’est donc pas de fermer la porte à la coopération, mais de l’organiser, afin que l’ouverture profite à tous sans affaiblir l’université publique sénégalaise.

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