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Souveraineté alimentaire au Sénégal : Vers la fin du modèle des subventions agricoles permanentes ?

POLITIQUE
Lundi 20 Juillet 2026

Souveraineté alimentaire au Sénégal : Vers la fin du modèle des subventions agricoles permanentes ?
Le modèle de soutien au monde rural sénégalais s’apprête à vivre une refonte structurelle majeure. Face aux limites évidentes du système actuel, le ministre de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage, Dr Cheikh Oumar Ba, ainsi que des économistes de renom, s'accordent sur l'urgence d'abandonner la logique des aides publiques à fonds perdus pour privilégier l'autonomie des producteurs et la protection des filières locales.  

L'actuelle politique agricole nationale se trouve à la croisée des chemins. Entre contraintes budgétaires de l'État et impératifs de rentabilité pour les paysans, les autorités cherchent la formule capable de garantir une véritable souveraineté alimentaire durable.

 

Le diagnostic du Dr Cheikh Oumar Ba : Produire pour le marché, non pour les pertes

 

Pour le ministre Dr Cheikh Oumar Ba, les aides publiques ne peuvent plus être envisagées comme une solution à long terme. L'objectif du gouvernement est désormais de réorienter les budgets vers des mécanismes qui favorisent l’émancipation économique des agriculteurs et la valorisation optimale de leurs récoltes. En concertation étroite avec les acteurs du monde rural, le ministère souhaite bâtir un système en phase avec la réalité des marchés pour éviter les écueils du passé.

 

Le ministre met en garde contre le piège des subventions aveugles, qui incitent à accroître les volumes de production sans s’assurer de l’existence de débouchés suffisants. Injecter de l'argent public pour financer une production qui finit par pourrir entre les mains des paysans constitue une double perte, pénalisant l'économie des ménages ruraux et les finances publiques.
 

Pour inverser cette tendance, la nouvelle feuille de route ministérielle met l'accent sur :

  • Une meilleure adéquation entre l'offre agricole et les besoins réels du marché.
  • La réduction drastique des pertes post-récolte.
  • Le renforcement des circuits nationaux de commercialisation.
  • La réorientation des subventions directement vers les produits pour faciliter leur mise en marché, à l'instar de modèles internationaux réussis.


Dr Cheikh Oumar Ba insiste également sur l'importance de s'appuyer sur les savoir-faire et pratiques locales développés par les communautés pour faire face aux aléas climatiques, afin d'ériger ces solutions territoriales en socle des politiques publiques. L'ambition finale est de rompre avec la culture de la dépendance pour asseoir une autonomie pérenne.
 

La vision du Pr Amath Ndiaye : Remplacer la subvention par la protection douanière


La leçon 13 d'économie du Pr Amath Ndiaye : croissance du revenu par tête  et bien être | Financial Afrik

Cette approche politique trouve un écho favorable et technique chez les universitaires. Pour le Pr Amath Ndiaye, économiste à la Faculté des sciences économiques et de gestion (Faseg) de l’Université Cheikh Anta Diop (Ucad), les subventions permanentes ne peuvent pas porter à elles seules le poids d'une stratégie agricole nationale, d'autant que les marges de manœuvre budgétaires de l'État s'amenuisent.


Les retards et défauts de paiement constatés auprès des opérateurs de la filière rizicole illustrent la fragilité d'un modèle basé sur des engagements financiers étatiques lourds et parfois impossibles à honorer.
 

L'universitaire préconise un changement radical de paradigme : substituer la logique de la subvention par une politique de protection rigoureuse et de régulation des marchés. En prenant l'exemple du riz, le Pr Ndiaye plaide pour une augmentation progressive et ciblée des droits et taxes sur les importations.
 

Cette stratégie permettrait d'atteindre deux objectifs majeurs :
 

  • Rendre le riz local immédiatement plus compétitif face aux produits importés.
  • Générer des recettes douanières supplémentaires pour l'État.


Les fonds ainsi collectés aux frontières pourraient être réinjectés de manière stratégique dans les maillons faibles de la chaîne de valeur, à savoir les infrastructures de stockage, le financement des exploitants, la modernisation de la commercialisation et le relèvement des standards de qualité du produit.


Pour l'expert, la souveraineté alimentaire du Sénégal ne se décrétera pas à coup d'enveloppes financières ponctuelles, mais en donnant au riz local les moyens structurels de rivaliser durablement sur son propre marché.


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