En appelant à la patience et à la persévérance, le chef du gouvernement a implicitement admis que la rupture attendue par une partie de l’opinion se heurte à la réalité d’un État qui ne se transforme pas du jour au lendemain.
Le cœur du message : “nous avons vendu un Projet qui dépasse ce système”
La phrase la plus commentée est aussi la plus révélatrice. En expliquant que le “Projet” dépasse le système et qu’on ne peut pas simplement “écarter” ou “éliminer” ce système, Sonko fait un constat politique : l’alternance ne suffit pas à changer immédiatement les mécanismes profonds (administration, procédures, équilibres budgétaires, contraintes institutionnelles).Ce n’est pas un renoncement à la rupture, mais un recadrage : la rupture devient un processus, pas un événement. Traduction simple : la promesse de changement reste l’objectif, mais les instruments du changement prennent du temps à se mettre en place.
2029 en ligne de mire : un cap assumé, mais risqué
Dans ce discours, Sonko laisse aussi apparaître un horizon : 2029, comme échéance implicite d’un “changement systémique”. L’idée est de donner un cap long, compatible avec des réformes de fond.Mais cette projection peut aussi être interprétée comme une manière de demander “cinq ans de plus” – et donc d’exposer le pouvoir à une critique : celle d’un report du changement à plus tard.
Pourquoi parler ainsi, et pourquoi à Rabat ?
Cette sortie intervient alors que le gouvernement est attendu sur des résultats rapides dans un contexte de fortes attentes sociales. En choisissant la diaspora, Sonko s’adresse à un public stratégique, souvent très attentif aux questions de gouvernance et à l’image du pays.Il le fait aussi dans le cadre d’une visite officielle au Maroc, où il a insisté sur la solidité du lien bilatéral malgré les tensions post-CAN.
Cet aveu implicite ouvre une bataille politique : les adversaires pourront y voir la preuve que la rupture promise “n’est pas là”, ou qu’elle est en train d’être édulcorée. La réponse du pouvoir se jouera sur un point : produire des résultats visibles avant 2029, pour convaincre que le changement n’est pas repoussé, mais déjà enclenché.
En somme, à Rabat, Sonko a surtout envoyé un message de vérité politique : le changement est annoncé, mais il n’est pas instantané, et il demande du temps pour le rendre réel.

