AFFAIRE SWEET BEAUTY SPA : La thèse du complot d’Etat se précise

POLITIQUE
Mardi 2 Mars 2021

AFFAIRE SWEET BEAUTY SPA : La thèse du complot d’Etat se précise
Depuis l’indépendance de notre pays, en 1960, l’histoire politique de notre pays est marquée des complots d’Etat aux seules fins d’éliminer des adversaires politiques des différents régimes. Mamadou Dia, président du Conseil de gouvernement, a été injustement accusé en décembre 1962 de coup d’Etat et jeté au gnouf pendant plus d’une décennie. Abdou Diouf a accusé Abdoulaye de vouloir introduire des mercenaires libyens en 1988 pour fomenter un coup d’Etat. Mais la supercherie n’a pas fonctionné et le coup s’est retourné contre Jean Collin, l’instigateur de ce coup d’Etat imaginaire.
 
Cheikh Tidiane Sy, dernier ministre de la Justice sous le régime de Wade, n’a-t-il pas accusé en mars 2011 des jeunes de l’Alliance pour la République de vouloir fomenter un coup d’Etat ? Aujourd’hui, sous l’actuel régime, une jeune fille est instrumentalisée pour accuser de viol Ousmane Sonko, le principal opposant du président de la République. Même si la thèse du complot est récusée par Macky Sall, beaucoup de faits et divers témoignages accréditent la thèse d’une conspiration d’Etat qui aurait été concoctée en haut lieu. Cette affaire de mœurs, présentée initialement comme privée, dépasse aujourd’hui — et de loin — les deux principaux concernés pour devenir une affaire d’Etat. Ousmane Sonko et les siens sont convaincus que c’est le plan de liquidation concocté depuis sa radiation de la Fonction publique en passant par les accusations de rébellion et de djihadisme, le financement par Tullow Oil ou la maffia russe jusqu’au présumé viol et menaces de mort qui continue. Ce que dément avec force Macky Sall et les siens qui considèrent que c’est une affaire privée qui ne les concerne point. « Le Président n’y est pour rien. Je crois que j’ai suffisamment de choses à faire que de comploter pour des choses aussi basses. Vous voyez le mal que j’aurais à parler dans votre antenne de ce sujet. Encore une fois, c’est une affaire regrettable. Je ne sais pas ce qu’il en est dans le fond. Je ne peux pas souhaiter à mon pire adversaire une telle situation. Maintenant, il y a une accusation, il y a des procédures. Vraiment, il ne faut pas qu’on mêle le Président à des choses qui ne le regardent pas » dixit, le 24 février dernier, sur les ondes de Radio France internationale (RFI), le président Macky Sall dans l’affaire de moeurs qui oppose le leader de Pastef, Ousmane Sonko, et la masseuse Adji Raby Sarr.
 
Dans la réponse du président au journaliste qui l’interrogeait, certains spécialistes de la communication disent avoir décelé la reconnaissance implicite d’un complot même si Macky Sall dégage toute responsabilité personnelle dans cette affaire. Mais les partisans d’Ousmane Sonko soutiennent mordicus que ce qui arrive aujourd’hui à leur leader n’est que l’aboutissement d’un long complot ourdi depuis fort longtemps. Si l’on en croit les « Patriotes », depuis plus de deux ans que Sonko fréquente le salon Sweet beauté Spa, ils ont reçu des alertes de la part de certaines personnes sur un éventuel complot qui se tramerait contre leur leader. Quand l’histoire du « viol » a éclaté, les témoignages de la propriétaire du salon et de son mari attestent l’existence de personnes qui auraient utilisé les services sexuels d’Adji Sarr pour atteindre Ousmane
Sonko. Adji Sarr, contrairement à ses déclarations mensongères la nuit de son dernier supposé « viol », a été convoyée par une voiture 4X4 dans laquelle se trouvaient Sidi Ahmet Mbaye, une avocate et un médecin. Mais diantre comment ont-ils fait pour circuler en plein couvre-feu ? Comment tout ce monde a-t-il pu obtenir des laissez-passer ? Le mari de la propriétaire du salon a soutenu avoir remarqué la présence suspecte de ce neveu de Maodo Malick Mbaye, leader du mouvement « Gueum sa bopp » qui vient de se fondre dans l’APR, aux alentours de Sweet Beauty quelques jours avant l’affaire du présumé viol. La plainte d’Adji Sarr, très bien rédigée par un expert ou une experte du droit bien que fourmillant de contradictions, montre que la plaignante a été aidée pour formuler des griefs contre Ousmane Sonko. Adji Sarr, supposée avoir été violée, n’est pas allée se réfugier chez ses parents mais se trouve dans un endroit quasi-inaccessible avec des éléments de la police pour assurer sa protection. Elle se déplace au tribunal en 4X4. Et d’après la déclaration de l’ex-femme de l’oncle d’Adji Sarr recueillie par le journaliste Pape Alé Niang, la masseuse aurait confié à son oncle être au centre d’un complot ourdi contre un nommé Ousmane Sonko. L’objectif était de le salir dans une histoire de moeurs afin de le décrédibiliser publiquement. Comme conseil, l’oncle lui aurait recommandé de demander beaucoup d’argent pour accomplir cette basse besogne.
D’ailleurs le fameux sms envoyé par mégarde par une avocate proche du ministre de l’Intérieur à un des conseils du leader de Pastef, accrédite cette thèse du complot « Un conseil très important dans ce dossier DSK. L’envoyer en prison n’est pas une bonne solution. Cela va entraîner le pays dans un cycle de manifestations pour sa liberté ici, comme à l’étranger. Après la levée de son immunité, il faudra jusque que les enquêteurs lui envoient sa convocation, il vient répondre, il le laisse rentrer pour revenir le lendemain jusqu’à la fin de son audition. Le juge organise le procès et les avocats vont le pousser à avouer publiquement le rapport sexuel. Cela suffit et là, il sera discrédité devant l’opinion. Aller vers la condamnation serait une grosse erreur et cela va installer le pays dans un cycle de manifestations. Mais libre, cette image de DSK va le suivre partout ». Un message envoyé par inadvertance à son collègue, Me Bamba Cissé…
 
Le pouvoir impliqué dans cette histoire de mœurs

L’évolution de cette affaire montre que le camp du pouvoir est impliqué dans cette affaire de mœurs. Comment peut-on expliquer aujourd’hui qu’Adji Sarr soit nourrie et entretenue par une militante de Bennoo Bokk Yaakaar ? Comment peut-on expliquer que, dans une affaire qui ne le concerne pas, l’APR lâche son escouade de communicants investir toutes les radios le dimanche 28 février ? A la RFM, au Grand jury, Abdou Mbow était l’invité de Babacar Fall, dans l’émission Face to Face de la TFM, Pape Mahawa Diouf était l’invité d’Aïssatou Diop Fall dont la haine anti-Sonko a fini par faire le tour de tous les médias mainstream et sociaux. A l’émission Objection de Sud FM, c’est Abdou Fall qui était l’invité de Baye Oumar Guèye. A I-Radio, c’est Seydou Guèye qui faisait face à Mamadou Ibra Kane dans l’émission Jury du dimanche. Seule la Sen-Tv, pour des raisons d’équilibre, a annulé l’émission Toute la Vérité où le député Pape Birame Touré devait faire face à Birahim Touré. Dans toutes ces émissions, le seul thème exclusif était l’affaire Sonko/Adji Sarr. Alors pourquoi, pour une affaire qui ne concerne pas le parti présidentiel, cette task-force de Macky Sall s’est-elle fait inviter sur les plateaux médiatiques les plus en vue dans l’unique but d’enfoncer l’adversaire politique du président de la République ? Un plan de com soigneusement concocté par la cellule de com du Palais et exécuté servilement hélas par les journalistes animateurs des émissions concernes et sommes d’accueillir ces missi dominici du Palais ! Des journalistes dont les émissions dominicales sont devenues des tribunaux (et non des tribunes !) médiatiques d’exception ad-hoc pour aider Macky Sall à exécuter Ousmane Sonko.
 
La piste d’un complot d’Etat se précise
 
On comprend très pourquoi les redoutables enquêteurs de la gendarmerie ont été dessaisis de l’enquête. La piste d’un complot d’Etat se dessine à mesure que l’enquête avance et s’oriente vers des dignitaires du régime. La piste de Sidi Ahmet Mbaye et de ses mystérieux accompagnateurs nocturnes allait être explorée si le maitre des poursuites, Serigne Bassirou Guèye, n’avait pas brutalement arrêté l’excellent travail des enquêteurs de la Section de recherches de la Gendarmerie pour confier l’enquête au juge du 8e cabinet. Les événements liés à l’affaire Sonko/Adji Sarr interrogent les règles et les équilibres fondamentaux sur lesquels repose notre système démocratique. Quand on regarde le zèle et la précipitation avec lesquels l’Assemblée nationale a traité le dossier Sonko et les hourras jubilatoires subséquents à la levée de l’immunité parlementaire du leader de Pastef, on ne peut s’empêcher de se demander si cette auguste institution ne s’est pas transformée en un lieu d’exécutions politiques.
 
D’ailleurs depuis 1962, la réputation de l’Assemblée nationale n’est bâtie que sur des coups bas et des complots politiques. Cette fois-ci encore, fidèle à sa réputation, elle a déchiré l’immunité parlementaire de Sonko pour le livrer pieds et poings ligotés à la justice. Une justice qui, à coups sûr, exécutera les desiderata funestes du Prince comme elle en a l’habitude. La faiblesse du pouvoir judiciaire, son acceptation de se soumettre les yeux bandés à tout mot d’ordre du pouvoir en font une cinquième colonne de l’exécutif. Alors le complot contre Sonko énoncé et dénoncé depuis le début prend une forme quadrangulaire avec l’Exécutif, l’Assemblée nationale, le pouvoir judiciaire et certains médias. Autant de pouvoirs concentrés entre les seules mains périssables de Sa Majesté Macky 1er.
 
Serigne Saliou GUEYE
 

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