Dans une adresse fleuve aux accents de catharsis nationale, le Premier ministre Ousmane Sonko a levé le voile sur les conclusions d’un comité d’experts dont le diagnostic résonne comme un séisme pour l'économie sénégalaise.
Face à une assistance suspendue à ses lèvres, le chef du gouvernement a dépeint une gestion passée marquée par une opacité profonde et l’urgence de signatures effectuées « à la va-vite », notamment durant la frénétique campagne présidentielle de 2024. Selon ses termes, ces contrats ont été paraphés à des moments « critiques » par les ex-dirigeants, causant ainsi « d’importants préjudices financiers » à l’État.
‘’Ce qui a été fait est particulièrement grave. Il faut que les responsabilités soient situées’’
L'ampleur du désastre financier trouve son apogée dans le secteur minier, où le Premier ministre chiffre le manque à gagner à un montant vertigineux de 1 075 milliards de francs CFA. Ce gouffre, creusé par l'octroi d'avantages fiscaux et douaniers « jugés indus » et le non-paiement systématique de redevances, a poussé l'État à engager une riposte immédiate. Ousmane Sonko a ainsi annoncé que le Sénégal a été « lésé pendant toute la durée d’exécution de ces contrats », rejoignant les conclusions de corps de contrôle tels que l’Inspection générale d’État.
En guise de représailles, le gouvernement a déjà activé des mesures conservatoires musclées, allant du blocage des comptes bancaires des sociétés incriminées à la décision ferme de ne pas renouveler les conventions les plus préjudiciables.
Le domaine des hydrocarbures, pilier de la stratégie de souveraineté économique, subit une remise à plat radicale. Sur le bloc Grand Tortue Ahmeyim (GTA), Ousmane Sonko a fustigé un contrat « dont il nous a été impossible de discuter les termes », décrivant la situation comme un « pain bénit » pour les partenaires étrangers.
Il a martelé qu'il ne pouvait affirmer que le Sénégal gagne quoi que ce soit « tant qu'on parle de milliards de dollars alors que le Sénégal ne peut même pas récupérer 800 milliards de francs sur la même période ».
La renégociation en cours doit désormais permettre de satisfaire les besoins du pays en combustibles et de générer 1 900 milliards de francs CFA de revenus supplémentaires.
Parallèlement, le projet Yakaar-Teranga, décrit comme « à 100 % sénégalais », s'apprête à redémarrer sous une configuration inédite où le Premier ministre assure que l'État ne déboursera « même pas un seul franc ».
L'enjeu est ici d'orienter la production pour alimenter le tissu industriel national et régler durablement la question du gaz domestique, malgré des irrégularités procédurales identifiées lors du renouvellement du contrat en 2024.
Cette volonté de reprise en main se traduit également par la résiliation pure et simple des contrats sur les blocs de Thiès profond, Saint-Louis offshore et Dakar offshore, car le gouvernement refuse désormais de rester « dans une logique de signature de concessions pour se retrouver 25 ans plus tard à constater un bilan décevant».
La souveraineté s'étend jusqu'aux Industries chimiques du Sénégal (ICS), pour lesquelles Ousmane Sonko a annoncé une « reprise des actifs » afin que le pays décide lui-même de l'usage de son phosphate, notamment pour produire des engrais destinés au marché local et aux pays voisins.
Dans le secteur de l'hydraulique, la renégociation d'un contrat de dessalement a permis d'arracher l'engagement de construire un institut de formation spécialisé, une clause qui « n'était pas prévue dans le contrat initial ». Même l'industrie du ciment est scrutée, avec un préjudice établi à 4 milliards de francs CFA.
Au-delà de la technique, c'est une véritable quête de responsabilité judiciaire qui s'engage. Révélant la disparition mystérieuse d'un rapport d'État qui déconseillait la signature de décrets pétroliers en raison de violations du Code pétrolier, le Premier ministre a promis de porter l'affaire devant l'Assemblée nationale.
Il a affirmé que ce document évoque explicitement des « pots-de-vin et de corruption, avec des montants très clairement spécifiés ».
Tout en promettant un futur exercice de transparence sur la gestion des terres, Ousmane Sonko a conclu en assurant que le Sénégal dispose désormais du « répondant » nécessaire pour mener ces renégociations de manière méthodique, en évitant les contentieux longs tout en préservant les intérêts stratégiques des générations futures.

