AVIS D'INEXPERT: Les bouffons n’auront pas raison du journalisme

MEDIAS
Mardi 19 Mai 2020

AVIS D'INEXPERT:  Les bouffons n’auront pas raison du journalisme
« Faut-il fermer le Cesti et laisser l’anarchie et la médiocrité détruire le journalisme ? » Il faut comprendre dans ce questionnement de l’intellectuel Moumar Guèye, par ailleurs colonel à la retraite et écrivain, une réaction où se mêlent dépit, dégoût, exaspération, déception… Dans une réflexion publiée le 7 mai 2020 dans des journaux dakarois, Guèye a exprimé un écœurement qu’il ne semblait plus pouvoir contenir face à une manière de faire du journalisme qui, au bout de l’exercice, discrédite une profession. C’est cette façon de présenter « le journal des journaux », ainsi que l’appela un de ses orfèvres, Gabriel Jacques Gomis, en l’occurrence, une dérive devenue une norme, qu’ont fini par imposer des individus venus au journalisme sans aucun bagage. Des falsificateurs qui ont fini par se faire accepter par des journalistes à la pratique respectable. Le reproche à faire aux vrais journalistes sénégalais est qu’ils sont trop généreux – jusqu’à la démagogie – avec leur propre profession permettant au tout-venant d’y entrer, de la pratiquer, de s’y faire adopter, de prendre à l’usure aussi bien le public que la profession elle-même. Et ce sont, pour ainsi dire, ces « allogènes » du journalisme, qui ont le plus souvent créé les « contrefaçons » que tout le monde déplore, mais que personne ne semble plus pouvoir rectifier. Ceux qui auraient pu et dû rappeler à l’ordre et redresser la barre ont brillé par leur inaction ; d’autres de ceux-là ont choisi le mépris contre-productif. Des responsables de presse audiovisuelle avec qui nous avons de temps en temps échangé sur cette question admettent qu’il y a mauvaises pratiques qu’ils ne savent comment éradiquer. La profession s’est aperçue, depuis bien des années, de la réalité de ces dérives et des exaspérations qu’elles provoquent. Certes, le projet de nouveau code de la presse sénégalaise que les autorités de la République tardent ou sont réticentes à promulguer, comporte des dispositions qui ont pour objectif de rationnaliser l’entrée au journalisme, mais, les dérives qui exaspèrent des gens comme le colonel Guèye ne se contiennent pas par des textes. Même s’il entre en vigueur, ce nouveau code ne résoudra, par aucune de ses dispositions, la désinvolture et la théâtralisation de la revue de presse. On recherchait une originalité par rapport au style des ténors de ce genre rédactionnel comme Gabriel Jacques Gomis, Martin Faye, Mansour Sow de Radio-Sénégal… C’était légitime et concevable. Le résultat - ou plutôt la conséquence - est des plus fâcheux. Alors journaliste à Sud Fm, Abdoulaye Cissé, entretemps passé à Rfm, avait apporté une rupture dans le ton et le style et cela plaisait très bien. Ses successeurs qui voulurent être ses émules firent plutôt grotesque et, dans le ton et dans le style. Et le produit est ce qui s’entend sur une radio dakaroise et que ceux qui en ont le pouvoir à la tête de la chaîne ne semblent pas vouloir arrêter. Pourquoi ? Allez savoir ! Fermer le Cesti ! Pas que le Cesti, mais par extension tout institut public ou privé formant au journalisme. La suggestion de Moumar Guèye est, à première vue, extrémiste, mais il faut la comprendre, ne pas la prendre au pied de la lettre. Cette exaspération veut juste rappeler que le journalisme ne peut se pratiquer sans formation à une école formelle ou « sur le tas » (un terme que je n’aime pas, même si je l’emploie ici). J’ai toujours soutenu - et le répète ici - que le journalisme, c’est « trois écoles qui se complètent entre elles » et qui sont toute aussi formatrices l’une que les autres : l’école formelle, la salle de rédaction et le terrain. On peut ne pas avoir été à la première, mais être journaliste de talent parce que formaté par les expériences conjointes de la salle de rédaction et du terrain. Tout comme il y a des journalistes issus d’écoles, mais dont la pratique professionnelle n’en a pas fait des lumières ou des foudres de guerre. Les enseignements retenus au long de la fréquentation de ces trois « instances journalistiques » finissent par inspirer simplicité dans le traitement de l’information et humilité dans le comportement. Et le refus de la fatuité. « Pour bien pratiquer le journalisme, il faut le détester », a dit, à ses étudiants en journalisme, le chroniqueur français Jean-Claude Guillebaud. Une boutade qui peut servir de « boussole conceptuelle » à tout journaliste. Jean Meïssa DIOP

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