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Ameth Babou, l’incarnation absolue de l’excellence sénégalaise

COUP DE COEUR
Mercredi 24 Juin 2026

Ameth Babou, l’incarnation absolue de l’excellence sénégalaise
Il a ce sourire timide et presque embarrassé des adolescents à qui le monde donne un peu trop vite raison. À 18 ans, Ameth Babou n’est pas seulement le meilleur élève du Sénégal ; il en est devenu, en l'espace de deux hivers, l'indiscutable anomalie statistique. Le genre de profil qui fait sauter les verrous des catégories bien rangées du ministère de l’Éducation nationale. Pour la deuxième année consécutive, ce gamin originaire de Diourbel a écrasé de sa classe le Concours général, cette institution sexagénaire calquée sur le modèle français, conçue pour trier sur le volet les têtes bien faites de la République.

68 points au compteur. Et un grand chelem en Terminale S1 qui tient du vertige : premier prix en Français, en Physique, en Dissertation philosophique, et en Citoyenneté et Droits de l’Homme. Un grand écart entre l'infiniment petit des forces mécaniques et le vertige des concepts cartésiens. En somme, un « esprit universel », comme aime le qualifier son encadrement, capable de disserter sur le doute philosophique avec la même froide rigueur qu’il applique à une équation différentielle.
 

L'uniforme et l'humanisme

PORTRAIT] Ahmed Babou, prodige du Prytanée militaire - Le Soleil
Le rendez-vous des honneurs est fixé sous les dorures de la présidence, face à Bassirou Diomaye Faye, pour une grand-messe placée sous le signe des Jeux Olympiques de la Jeunesse que Dakar s’apprête à accueillir. Le thème de l'année — « refonder le sens du bien commun à l’école des valeurs olympiques » — semble avoir été écrit sur mesure pour lui.

Pourtant, Ameth Babou n'a rien du stéréotype du "rat de bibliothèque" asocial. Sa mère, Farima Amar Babou, décrit volontiers un grand frère protecteur — son cadet a d’ailleurs intégré le même établissement —, « un enfant normal, sociable, qui cultive simplement une sainte horreur du travail bâclé ».

Son quotidien s’écrit pourtant loin des futilités de son âge. Il se conjugue au rythme du Prytanée militaire Charles N’Tchoréré de Saint-Louis, cette usine à élites installée sur la langue de Barbarie, où l’on porte le calot bleu et les boutons dorés avec la raideur des vieux soldats.

Là-bas, chez les « Enfants de troupe », on apprend à marcher au pas avant d'apprendre à penser le monde. C’est dans cette enclave de rigueur qu'Ameth a construit son mythe de table rase : déjà en 2025, alors qu'il n'était qu'en classe de Première, il avait chipé le titre de meilleur élève du pays aux élèves de Terminale, raflant au passage les prix de Français et d’Espagnol tout en s'invitant sur le podium des Mathématiques.
 
« Il avait l'opportunité d'intégrer le prestigieux réseau des Collèges du monde uni (UWC). Nous étions convaincus qu'il réussirait le concours. Mais le commandement a tout fait pour le convaincre de rester, de terminer son cursus ici. Un tel potentiel, c'est le trésor d'une école. »
 

Colonel Abdou Mbengue, directeur du Prytanée militaire.

L'appel du continent

L’excellence d'Ameth Babou n'a d'ailleurs pas tardé à déborder des frontières poreuses du fleuve Sénégal. En 2024, il débarque à Johannesburg pour ses premières Olympiades panafricaines de mathématiques. Il en repart avec de l'argent. L'année suivante, à Gaborone, sous le ciel du Botswana, il convertit l’essai en or massif, s'affirmant comme l'un des cerveaux les plus agiles du continent africain.  
Le Palmarès d’un surdoué  
2024 Médaille d'argent aux Olympiades africaines de mathématiques (Johannesburg)
2025 Sacré Meilleur élève du Sénégal (Classe de Première) • Médaille d'or aux Olympiades de mathématiques (Gaborone)
2026 Sacré Meilleur élève du Sénégal (Classe de Terminale) • 4 Premiers Prix (Philo, Physique, Français, Citoyenneté)
Alors que 3 590 candidats (dont une nette majorité de filles, à 61,27 %) s'écharpaient cette année pour décrocher l'un des précieux accessits du 60e anniversaire du concours, Babou, lui, planait un étage au-dessus. Sans ciller.

Son rêve pour la suite ? Les grandes écoles d'ingénieurs. Les sciences dures. Revenir, peut-être, pour mettre ses algorithmes au service du développement d'un continent qui manque cruellement de technocrates visionnaires.

Pour l'heure, le jeune homme savoure son sacre avec une maturité presque déroutante, laissant derrière lui une maxime en guise de testament pour ses camarades de chambrée : « L’excellence n’est pas innée, elle se cultive. Il faut simplement accepter de repousser ses propres limites. » À Saint-Louis, les siennes semblent encore introuvables.  
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