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Financement de l'économie : El Hadji Ibrahima Sall alerte sur les ravages du discours de la « dette cachée »

ECONOMIE
Mardi 23 Juin 2026

Financement de l'économie : El Hadji Ibrahima Sall alerte sur les ravages du discours de la « dette cachée »
L’économiste et leader du parti « Demain la République », El Hadji Ibrahima Sall, a jeté un pavé dans la mare ce dimanche lors de son passage à l'émission « Grand Jury » sur la RFM. Selon l'ancien ministre sous l'ère Abdou Diouf, la crise que traversent actuellement de nombreuses entreprises sénégalaises, notamment dans le secteur du Bâtiment et des Travaux Publics (BTP), trouve sa source dans la politisation du débat économique.  

Pour El Hadji Ibrahima Sall, les choses sont claires : la notion de « dette cachée » relève davantage d'une rhétorique politique que d'une réalité financière objective. Loin d'assainir les comptes, ce positionnement s'est retourné contre l'économie nationale.

« C’est plutôt le discours sur la dette cachée ou la politisation de la sous-estimation de la déclaration en dette cachée qui a posé le problème de la dégradation de la signature et des conditions difficiles d’endettement de notre économie », a-t-il martelé au micro de la RFM.

Un accès aux marchés financiers grippé et plus coûteux

Les conséquences de cette stratégie discursive ne se sont pas fait attendre sur la scène financière internationale et sous-régionale. L'économiste explique que cette posture a sérieusement entaché la crédibilité du Sénégal auprès des bailleurs et des investisseurs, entraînant une dégradation de la signature du pays.

Cette perte de confiance mécanique se traduit aujourd'hui par un renchérissement du loyer de l'argent pour l'État. « Pour refinancer la dette intérieure, les efforts seront plus considérables. Cela nous coûtera beaucoup plus cher », a averti l'ancien ministre.

Le secteur privé menacé par l’« effet d’éviction »

Au-delà du coût pour les finances publiques, El Hadji Ibrahima Sall s'inquiète des répercussions directes sur le tissu économique local, en particulier pour les entreprises du BTP qui dépendent fortement des commandes et des financements. Face à des conditions d’emprunt durcies à l'international, l'État est tenté de se rabattre massivement sur le marché financier interne pour se refinancer. Une stratégie à double tranchant.

L’économiste agite ainsi le spectre de l’effet d’éviction — un mécanisme économique par lequel l'intervention de l'État prive le secteur privé de ressources financières indispensables.

« En allant sur les marchés intérieurs et en refinançant la dette intérieure, on va se retrouver à pénaliser les entreprises elles-mêmes », souligne-t-il. Alors que les entreprises locales ont un besoin vital de contracter des emprunts pour investir et se développer, elles se retrouvent face à un assèchement des liquidités. « L’État aura pompé l’argent. Ce sont des effets d’éviction connus. Cela veut dire que l’État, en allant sur les marchés, a exclu le secteur privé des mêmes marchés ».

Une lueur d'espoir : le remboursement de la dette domestique

Tout n'est pas sombre pour autant dans l'analyse du leader de « Demain la République ». El Hadji Ibrahima Sall a tenu à saluer la décision récente du gouvernement de procéder au remboursement d'une fraction de la dette domestique.

Cette bouffée d'oxygène est perçue par l'économiste comme une excellente initiative, indispensable pour desserrer l'étau financier qui étrangle les PME et grandes entreprises nationales. Selon lui, cette mesure permettra enfin au secteur privé de retrouver une marge de manœuvre, de regagner « un peu d’air financier » et de relancer une machine économique aujourd'hui grippée par les incertitudes.


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