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Démocratie décérébrée

EDITORIAL
Mercredi 7 Juin 2017

Démocratie décérébrée
Quarante-neuf listes de candidats pour cent soixante-cinq sièges à pourvoir. Est-bien raisonnable. Poser la question n’est-ce pas y répondre ? Si les optimistes y trouvent le signe d’une excellente santé démocratique ont une sensation agréable de voir autant d’hommes et de femmes prêts à se dévouer pour le bien public, les réalistes voient au contraire, un éparpillement et l’expression d’une déliquescence où se mêlent le coma des partis politiques, le choc des vanités, la confusion des esprits, la floraison des corporatismes et le fait que personne n’est en mesure d’imposer sa volonté durablement à des rivaux plus ou moins égaux, surtout quand l’issue de la compétition est incertaine. Sans parler de l’esprit de lucre qui offre à quelques petits malins qui en ont compris le mécanisme, l’occasion inespérée de vivre cinq ans aux crochets de la République et décorer un pluralisme anémié.
 
Cette floraison de listes n’est-elle pas le symbole flamboyant du brouillage politique. Les coalitions, les coalitions de coalitions se ressemblent toutes quant à leurs compositions. Leur nouveauté n’est pourtant pas aussi absolue qu’elles le prétendent. On trouve des Libéraux, des Socialistes, des Maoïstes, des Trotskystes, des opposants de conscience, des girouettes se prenant pour des étendards, dans tous les blocs. En face, on retrouve les mêmes fronts. Cela peut faire penser fortement que la lutte pour l’accès au pouvoir ne vise nullement une transformation de la société vers un mieux-être des populations, mais au contrôle de sites de prédation pour une redistribution dans les chaines et les réseaux clientélistes. Un tel système n’est pas porteur de développement
 
Au moment de leur confection, les intrigues ont fleuri, dégageant une odeur de haine entre individus d’un même monde. L’instant a gouverné et effacé les sincérités. C’est peut-être la raison pour laquelle, on nous cachera, jusqu’au 9 juin, l’offre proposée aux électeurs, pour retarder l’explosion des coups d’éclat, des coups de gueule et des coups tordus. Les listes seront « clandestines » jusque dans deux jours. Or, rien de ce qui est politique ne doit demeurer étranger au citoyen à qui on demande de surcroît, sa voix, quel qu'ait été son choix, à partir du moment où tout ce qui emplit et structure le paysage politique, va naturellement irriguer ses connaissances, ses convictions, ses exclusions et ses sympathies.
 
Sûre que ce jour-là, nos oreilles chastes (c’est déjà commencé d’ailleurs), entendront quelques grossiers hurluberlus vociférant, insultant, arrogants, le verbe haut, cintrés de l’intérieur, râlant, dont on aura du mal à trouver du cerveau dans leurs discours, qui appelleront à voter pour une liste concurrente. D’autres, ayant le charisme d’une laitue, crieront l’abandon dont ils sont l’objet, en prenant des airs de guerrier. De toute façon, en politique, le traitre c’est toujours l’autre.
Devant cette « élite » politique, certains sont hébétés, d’autres fascinés, par la physionomie du spectacle qui est la même depuis longtemps. Ce qui change, ce sont les noms qui migrent d’une coalition à une autre, tous les cinq ans, d’une campagne des législatives à une autre. Selon qu’ils sont dans la majorité ou dans l’opposition du moment, leurs discours, leurs options sont une jactance mais pas une vision qui nous sortirait de cette jungle qui n’est que profits et jouissances pour eux et sacrifices pour tous les autres.
 
C’est cette façon de faire la politique, caviardée par la goinfrerie de quelques-uns, présents sur la scène politique depuis plus de cinquante ans, exaltant naguère avec lyrisme, le senghorisme, puis le dioufisme, puis le wadisme, puis le Mackysme, qui ne furent pas les derniers à prononcer leur oraison funèbre (sauf pour celui du moment), sont encore sur les listes. En face, d’autre, rompu aux délices d’initié, (c’est la deuxième fois qu’on va le chercher) s’efforce par tous les moyens, à faire oublier, par des avertissements officieux, (attention j’arrive !), l’officiel manqué de ses douze années de présidence de la République. Pour ces deux cas, au moins, leur recyclage, parce qu’étant le plus flagrant, démontre que leurs échecs n'obligent plus à sortir mais autorisent à rester ou à revenir par ailleurs.
Dans ce contexte de capharnaüm, des hommes et des femmes, groupes d’appartenance ou de référence disent se démarquer et expliquent que ceux qui étaient là ont peu à peu perdu leur idéal et sont de moins en moins soutenus par la foi. Eux, viennent pour faire « représenter le peuple autrement ». Ils promettent d’être dans l’hémicycle, pour rappeler quelle est la volonté du peuple.
Cet embrouillamini décourage et a entrainé dans le passé, pour ce qui concerne les élections législatives, un fort taux d’abstention. Peut-être parce que la politique se meurt ? Si c’est le cas, à qui la faute ?
 
Le 31 juillet 2017, les Sénégalais, du moins, ceux qui seront en possession de leur carte d’identité/d’électeur (problème pas toujours réglé à ce jour), seront encore une fois, investis d’un fabuleux pouvoir : celui de choisir ou de sanctionner une liste. Mais serons-nous conscients que notre choix pourrait être « suggéré » par des profils ou des programmes? Bien sûr, il y a des électeurs plus avisés que d’autres, mais en démocratie un électeur en vaut un autre, et le vote d’un citoyen qui s’est laissé manipuler vaut le vote d’un citoyen qui a mieux résisté à des influences intéressées.
 
Dans un cas comme dans l’autre, espérons que nous ne vivrons pas cinq années d’une législature comme celle décrite par Albert Camus : « On va reprendre les tractations, les marchandages et les chicanes. Les mêmes problèmes qui nous excèdent […] seront conduits dans les mêmes impasses. Et chaque fois qu’une voix libre s’essayera à dire, sans prétention, ce qu’elle en pense, une armée de chiens de garde (la majorité parlementaire) […] aboiera furieusement pour couvrir son écho »

Par Henriette Niang Kandé

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