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Les minutes de la pagaille semée par l’opposition à la résidence de l'ambassadeur du Sénégal à Paris

POLITIQUE
Samedi 25 Mars 2017

La soirée fut très houleuse, vendredi soir, à la résidence de l'ambassadeur du Sénégal à Paris, où le président Macky Sall rencontrait ses partisans. La rencontre a été perturbée et interrompue par une manifestation surprise des membres de l'opposition et de la société civile sénégalaise à Paris. Afrique Connection vous déroule le film de l'incident. Reportage.


L'ambiance dans le couloir d'entrée de la résidence de l'ambassade du Sénégal à Paris, vendredi soir
L'ambiance dans le couloir d'entrée de la résidence de l'ambassade du Sénégal à Paris, vendredi soir
 Sous le chapiteau installé dans le jardin de l'ambassadeur du Sénégal, à la rue Vineuse, dans le 16e arrondissement de Paris, entre deux cent et trois cent partisans de l'Alliance pour la République ont pris place, en cette après-midi de samedi. Ils sont venus d'Italie, d’Angleterre, d'Allemagne, de Belgique, du Luxembourg, mais aussi de la région parisienne et au-delà, quasiment de toute la France. Ils sont venus rencontrer, échanger avec le président de leur parti sur les 15 députés dédiés à la diaspora.

C'est un enjeu capital, les élections législatives de juillet prochain suscitant un énorme engouement chez les partisans du président sénégalais. C'est un rendez-vous à ne pas manquer donc pour rien au monde, d'autant plus que c'est le président lui-même qui l'a voulu. Voilà plus d'une heure trente que Macky Sall, écoute sagement les salutations, félicitations, encouragements et doléances des chefs de délégations. Il est 19h28, c'est au tour de Demba Sow, le coordonnateur de la DSE de l'APR en France de prendre le micro sous les ovations, sur invite du président de séance, le jadis griot du président Sall et aujourd'hui tonitruant député-maire d'Agnam (nord), Farba Ngom.

Voilà deux minutes que s'exprime le régional de l'étape, en saluant notamment les améliorations apportées par le régime actuel dans les démarches administratives dans la diaspora. Soudain, un premier cris résonne de loin. Puis un deuxième. Demba Sow marque un temps d'arrêt de 6 secondes entre «chers camarades» et «Le Président a demandé à nous rencontrer... », mais fait comme si de rien n'était.
La veille, des dizaines de responsables et de militants de l'APR, suite à une fausse alerte d'une opposition qui a juré de «traquer Macky Sall partout où il se déplacera en Europe» pour le huer, dénigrer son régime, avaient pris position aux abords de la résidence. Pour «défendre  le Président» et «casser de l'opposant». Le face à face redouté n'aura pas lieu.

Mardi, quelques opposants étaient à Genève pour apporter un coup de main à leurs camarades locaux. La manifestation, qui a fait beaucoup de buzz, a eu lieu devant l'université de Genève où le président sénégalais animait une conférence sur l'Afrique.
Comme les opposants ont donc «eu peur» de venir vendredi, personne n'imaginait qu'ils oserait franchir le Rubicon, ce samedi. Les «Apéristes» ont ainsi déterré l'étau. Desserré le marquage. Le portail était légèrement ouvert. De part et d'autre de la rue Vineuse, aucune «sentinelle» apériste n'est visible à notre arrivée à 18 heures.

Idem dans le couloir. Tous étaient sous le chapiteau. C'est la Première Dame, Marième Fall Sall, nous apprend-on, qui a demandé à ce que personne ne traîne dehors et dans les jardins, suite aux nombreuses complaintes du vosinage sur le bruit des militants pendant les visites présidentielles. Un manque de vigilance qui nous a surpris. Et qui tranche d'avec l'époque de Wade où ses poulains de l'UJTL (l'un d'entre eux étaient parmi les manifestants de l'opposition hier) ne restaient pas tous en même temps à l'intérieur, histoire de veiller au grain.
 
Au milieu de la mêlée, le ministre Yakham Mbaye ôte sa veste, le député-maire Farba Ngom incite les jeunes à «casser la gueule des opposants»
 
Un nouveau bruit fort résonne à nouveau de l'extérieur. Là, ça commence à devenir sérieux. L'ambiance change subitement. Une première personne sort pour aller aux nouvelles. Puis, une deuxième, une troisième...
Pendant ce temps, Macky Sall reste de marbre. Demba Sow a beau insister «écoutez-moi bien, s'il vous plaît »...mais tous les esprits étaient désormais orientés sur ces intrigants bruits venant du portail. En quelques secondes, des dizaines de militants, responsables du parti au Sénégal et en Europe se retrouvent devant la porte.

Tous veulent sortir pour en découdre avec «les fauteurs de trouble». Mais, pour les deux gendarmes en fonction, personne ne sort. La portée qui était pour autant entre ouverte toute l'après-midi, est désormais fermée. Personne n'entre, personne ne sort. L'ambiance est indescriptible. Le brouhaha inqualifiable. De part et d'autre de cette barrière infranchissable, un terrible bras de fer.

"A l’extérieur, la police française ouvre du «gaz» pour tenter de repousser les irréductibles manifestants. Un petit nombre de militants APR, qui avaient réussi à sortir avant la fermeture du portail, font face aux opposants. Ils s'échangent des insanités."

A l'intérieur, où nous nous trouvons, le pagaille est encore plus générale. Les «Apéristes» s'obstinent. Les gendarmes persistent. Le corps à corps, ce n'est pas entre partisans des deux camps. L’improbable match oppose gendarmes sénégalais aux responsables et militants APR. Une véritable mêlée digne d'un Australie- Nouvelle Zélande. Le ministre Yakham Mbaye a ôté sa veste, il se bat comme un beau diable. Farba Ngom, est très furieux. Entre deux tentatives infructueux de sortir, il se replace derrière la mêlée pour haranguer les siens. «Où sont les jeunes ? Venez ! Foncez ! Sortez et cassez leur la gueule.»  
 
Au milieu de la mêlée, votre serviteur est pris à partie par deux coordonnateurs-adjoints de l'APR- France : Badou Sow et Talla Daff. Le premier, qui visiblement s'ennuyer dans cette mêlée, s'est trouvé une occupation. Il s'agrippe sur notre téléphone pour nous empêcher de filmer la scène. Nous avons cru à une blague. Erreur. Il est sérieux. Mais nous résistons. Son camarade, Talla Daff, surgit à son tour. Il nous ceinture par derrière, pendant que Badou Sow de récupérer le téléphone.

Nous ne cédons toujours pas. Le risque d'être confondu avec un opposant «fauteur de trouble», par des partisans de Macky Sall qui ne nous connaissent pas forcément. Finalement, deux responsables de l'APR, Hamady Konté et Aissata Dème, s'interposent en notre faveur. Les deux coordonnateurs- adjoints zélés lâchent alors la prise. À côté, une autre personne est sommée de ranger son smartphone avec lequel il venait de commencer à filmer.

Pendant ce temps, sous le chapiteau, quasiment plus personne. Les travaux ont été tout naturellement interrompus. Par mesure de sécurité, Macky Sall est mis à l'abri dans le bâtiment par sa garde rapprochée. En attendant que la situation se calme. On ne sait jamais…

Devant le portail, côté intérieur, ce n'est pas encore démêlé. Les «Apéristes» ont la rage contre les gendarmes. Un militant se précipite subitement dans le bâtiment. Il en ressort avec...une fourchette. Se dirige vers les gendarmes. Un autre s'empare d'un pot de fleur et fonce vers le portail. Un autre encore se saisit d'un plot de sécurité et tente de s'approcher en vitesse. Mais il sera pris en sandwich par des responsables qui s'interposaient aux côtés des gendarmes.
Face à la pagaille, un des gendarmes est sur le bord des nerfs. Il s'emporte. L'Ambassadeur du Sénégal, Bassirou Sène, tente de le calmer, de le réconforter.

Après plus d'une demi-heure de cacophonie, les esprits tensions baissent petit à petit. Les esprits se sont refroidies. Tout le monde est appelé à reprendre sa place sous le chapiteau. Le président Macky Sall a aussi repris la sienne. Il est 20h27. La séance reprend où elle s'était arrêtée. Avec Demba Sow au micro. «Ce n'est pas fortuit que ce soit au moment où je prenne la parole que cet incident s'est produit. En d'autre temps, les choses se seraient passées autrement», lance-t-il, en guise de transition.
 
"Au bout de la nuit, des prolongations houleuses entre journalistes « menteurs » et militants excités, pour une question de sémantique"
 
A 21h02 mn, Macky Sall prend la parole. Il prononce un discours de 17 mn en Wolof puis en Poulaar. A 21h20, c'est la fin de cette rencontre de l'APR France qui, pour une fois, n'a pas été houleuse là où l'attendait, c'est à dire les débats.
Fin de séance, mais pas fin de rassemblement. Pendant les heures qui suivent, Macky Sall recevra séparément les DSE de son parti en Europe. Celles d'Espagne et du Portugal n'ont pas effectué le déplacement dans la capitale française.

Pendant ce temps, de nombreux militants jouent les prolongations dans le couloir d'entrée, et dans le jardin. Les commentaires vont bon train sur l'incident qui venait de se produire. Mais aussi sur la dépêche d'Afrique Connection tombée juste à la reprise de la réunion sous le chapiteau. La polémique porte sur le mot «évacué» qui se trouve dans l'article. D'aucuns soutiennent mordicus, avec une mauvaise foi inégalable, que le Président Sall n'a jamais quitté la salle. D'autres disent qu'il «s'est levé tout seul, sans contrainte».
Pour les uns et les autres, le mot «évacué» n'avait pas de toutes les façons pas sa place. Alors que le premier débat sur ce cours de sémantique était clos depuis de longues minutes, un autre militant qui venait de tomber sur l'article se lancent dans des incartades verbales. En insultant à tout va les journalistes «menteurs».

Notre confrère d'Infos15, Cheikh Sidou Sylla, avec qui suivions la scène deux mètres plus loin, s'approche alors pour calmer le militant et faire de la pédagogie. Ce dernier l’abreuve d'injures, croyant que c'était lui Thierno DIALLO. Nouvelle mêlée. Puisque quelque quatre autres militants, dont un vieux qui ne doit pas être de ses 80 bougies, s'invitent aussi pour soutenir leur camarade.

D'autres militants responsables réussiront à adoucir les ardeurs des récalcitrants qui voulaient «casser» du journaliste faute d'avoir pu en découdre avec les opposants perturbateurs. Cette soirée inédite connaîtra son épilogue après 1h du matin et le départ des derniers militants. Une soirée qui, n'eussent été le professionnalisme et le tact des gendarmes sénégalais qui ont réussi contre vents et marées, et malgré leur effectif très minime, à contenir la foule d' "apéristes" furieux, aurait pu virer au drame.

Thierno DIALLO pour afriqueconnection.com
 

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