Face à la toxicité avérée de ces molécules cancérogènes, la communauté scientifique et les autorités sanitaires appellent à un renforcement d'urgence des contrôles sur l'ensemble de la chaîne de distribution.
Plus de 22 % de non-conformité, avec un foyer critique à Dakar
Cette enquête, menée entre mai et juin 2026 sous l'égide du Comité national du Codex Alimentarius du Sénégal (CNCA) et financée dans le cadre d'un programme régional de sécurité sanitaire des aliments, visait à mesurer l'exposition des populations aux risques sanitaires liés au riz et au mil, piliers du régime alimentaire national.
Au total, 200 échantillons ont été prélevés auprès de restaurateurs de rue et de leurs fournisseurs dans trois régions pilotes : Dakar, Thiès et Kaolack. Les analyses de laboratoire, confiées à l'Institut de technologie alimentaire (ITA), font ressortir un constat alarmant. Un taux global de non-conformité de 22,6 % (30 échantillons sur les prélèvements analysés dépassent les seuils tolérés par le Codex Alimentarius).
Une concentration exclusive des cas à Dakar avec l'intégralité des échantillons non conformes provient de la capitale, tandis qu'aucun dépassement n'a été relevé dans les régions de Thiès et de Kaolack.
Une vulnérabilité ciblée sur les grands marchés car les prélèvements effectués au niveau des marchés Tilène et Petersen ont révélé des taux de contamination dépassant la barre des 50 %.
« Le riz étant l'une des denrées les plus consommées au Sénégal, il s'agissait d'évaluer dans quelle mesure le produit que nous consommons est contaminé par les aflatoxines », a précisé le professeur Amadou Diop, président du Comité national du Codex.
Les aflatoxines : Une menace cancérigène résistante à la cuisson
Sécrétées par des champignons microscopiques du genre Aspergillus, les aflatoxines se développent principalement sur les céréales lors des phases de récolte, de séchage, de transport ou d'entreposage lorsque les conditions de température et d'humidité sont défavorables.
Interrogé sur la dangerosité de ces contaminants, le professeur Amadou Diop rappelle qu'ils constituent un enjeu majeur pour la santé publique :
« Ces contaminants sont réputés cancérogènes et sont notamment suspectés de favoriser le cancer du foie, une pathologie qui constitue déjà un problème majeur de santé publique au Sénégal. »
Une mise en garde appuyée par le spécialiste de l'ITA, Babacar Bèye, qui lève toute idée reçue quant aux modes de préparation culinaire. Les aflatoxines étant thermorésistantes, la cuisson traditionnelle à haute température ne permet pas d'éliminer la toxine. Des résidus toxiques peuvent ainsi subsister intacts dans des plats populaires.
