Pape Djibril Fall : “Nous n’avons aucune source de financement qui proviendrait d’une origine douteuse”

Echos des Locales 2022
Lundi 25 Juillet 2022

À une semaine des élections législatives, Seneweb s’est entretenu avec l’une des attractions du scrutin, Pape Djibril Fall. Comme à son habitude, le journaliste se livre avec passion sur sa vision, ses combats et tente de lever quelques équivoques autour de sa candidature. Entretien.


Comment se passe votre première campagne, dans votre nouvelle casquette d’homme politique ?

Tout se passe merveilleusement bien ! Nous sommes dans ce que nous aimons le plus, c’est-à-dire être en contact direct avec les populations afin de pouvoir les écouter, recueillir leurs plaintes et complaintes, observer et vivre avec elles les vicissitudes quotidiennes de la vie, sillonner avec elles les sentiers cahoteux d’une zone rurale jusque-là laissée à elle-même. Nos premiers pas dans la campagne confortent et réconfortent nos convictions intimes que le Sénégal n’est pas encore sur les rampes de l’émergence.

Aussi bien dans les villes comme dans les campagnes et comme le disait jadis l’éminent juge Kéba Mbaye, nous devons à la vérité de dire que les Sénégalais sont fatigués. Plus encore, ils souffrent au plus profond de leurs âmes.  

Voilà ce que nous enseignent nos premiers pas dans cette campagne électorale. Malgré cette souffrance généralisée, vaillant peuple, les Sénégalais toutes catégories confondues restent dignes et ont encore de l’espoir d’un avenir meilleur.       
Comment se passe justement l’accueil sur le terrain des Sénégalais ?  

Le terrain n’est pas une nouveauté pour moi puisque j’ai pratiquement fait le tour du Sénégal au cours de ces quatre dernières années en tant que journaliste mais aussi durant ma formation académique.

Le Sénégal est un beau pays puisque malgré les difficultés auxquelles les populations sont quotidiennement confrontées, elles gardent encore beaucoup d’espoir.

Les jeunes, les femmes, les adultes et les enfants ne manquent jamais de nous exprimer toute l’espérance qu’ils ont pour ce pays qui n’a plus besoin d’hommes politiques forts, dithyrambiques ou qui passent son temps à distribuer de l’argent ça et là.

Ils ont besoin d’hommes et de femmes soucieux de leur avenir, conscients des véritables enjeux du moment et prêts à leur servir de manière désintéressée.

Nous comprenons parfaitement leurs préoccupations et sommes résolument engagés à les prendre en considération, autant que faire se peut, et aussi les rendre audibles partout où notre voix pourrait porter. Nous avons enfin l’impression qu’il existe deux Sénégal.

Un Sénégal d’en haut et un Sénégal d’en bas. Le premier est celui que nous décrivent certains politiciens appartenant au régime actuel et friands de chiffres et d’indicateurs macroéconomiques sciemment mal interprétés. Le second est celui qui souffre justement de cette absence réelle d’une vision politique claire et qui vit quotidiennement le spectre de la famine en cette période hivernale.

La montée en puissance de la demande sociale, l’écart flagrant qu’il y a entre la demande et l’offre d’emploi, le retard réel noté quant à l’accès à une autosuffisance alimentaire, la souffrance des agriculteurs face à la cherté des intrants, l’absence notoire d’alternatives plausibles des jeunes et des femmes face à l’échec cuisant de toutes les initiatives entreprises en leurs noms.
Les Sénégalais que nous avons rencontré sur le terrain sont dépités par les scandales et autres manquements perpétrés par le régime actuel. Toujours est-il qu’ils gardent encore espoir que des lendemains meilleurs peuvent être envisagés à condition de rendre minoritaire à l’Assemblée la coalition du régime en place.


Debout comme un seul homme, les Sénégalais sont prêts à opérer le changement qui sied en ce moment. Voilà ce que nous révèle le contact que nous avons eu avec le peuple qui, je le rappelle encore une fois, reste et restera notre seul et unique interlocuteur. Ce peuple a aujourd’hui émis des signaux de détresse savamment obstrués par les tenants actuels du pouvoir mais que nous percevons et appréhendons à juste valeur.

Un coup d’éclat de projecteurs jaillira sur toutes leurs préoccupations, une fois à l’Assemblée nationale, avec des propositions concrètes qui iront dans le sens de leurs résolutions. Notre engagement n’est motivé en rien d’autre si ce n’est être au service exclusif du peuple sénégalais.  
Quels sont les thèmes que vous avez mis en avant avec eux pendant cette campagne ?

Un projet politique doit s’adosser à une vision claire et conforme au mode d’élection concerné. Dans ce cas d’espèce, nous sommes dans une campagne en vue des élections législatives qui va consacrer le choix des futurs représentants du peuple à l’Assemblée nationale. Il faut juste rappeler que la mission d’un député se résume au triptyque vote ou proposition de lois, contrôle de l’action de l’exécutif et évaluation des politiques publiques. Nous avons produit dans ce sens élaboré une profession de foi qui est une déclaration officielle de nos convictions politiques et dans laquelle nous avons d’ailleurs énuméré les axes majeurs des changements que nous souhaiterions apporter une fois à l’Assemblée nationale.

Il s’agit alors pour nous, coalition les Serviteurs/MPR de : Faire des propositions de lois allant dans le sens d’adapter le contenu des programmes scolaires à nos réalités socio-culturelles et en toute conformité avec nos valeurs ethnico-religieuses héritées des pères fondateurs comme Thierno Souleymane Baal ; Proposer la mise en œuvre de politiques soutenues de limitation des impacts sociaux face à la flambée des prix des denrées de première nécessité ; Proposer une redéfinition de la politique de "l’habitat social" au Sénégal ; Travailler au renforcement de la protection de l’environnement avec en ligne de mire une proposition d’un amendement qui fera du couvert végétal et des espaces verts, une infrastructure verte et non un ornement ; Intégrer l’urgence climatique comme déterminant des politiques d’aménagement du territoire et d’urbanisme ; Participer à la restructuration du transport urbain et interurbain afin de promouvoir un système d’intégration tarifaire ;  Travailler à la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire sur les taux usuriers appliqués par les banques commerciales sur les petits revenus ; Proposer une redéfinition de la politique de promotion de l’autosuffisance alimentaire au Sénégal ;  Réfléchir sur une loi spéciale de protection et de redynamisation de la pêche artisanale et d’octroi des licences de pêche ; Travailler pour un relèvement au rang de priorité nationale, l’accès à l’eau et à l’assainissement ;  Proposer à ce que le secteur de la santé soit ouvert au privé non médical pour le renforcement des investissements ;  Soumettre un projet de loi portant réorganisation de la Commission de contrôle des opérations domaniales pour la rendre plus transparente ;  Porter un projet de loi visant à institutionnaliser et à régulariser le passage des ministres à l’Assemblée nationale en vue de rendre effective la mission d’évaluation des politiques publiques dévolue aux députés ; Proposer la mise en place d’une radio et d’une télévision parlementaire pour lutter durablement contre l’absentéisme de certains députés lors des travaux en commission technique en particulier ; Proposer une commission d’enquête parlementaire sur l’octroi des permis d’exploitation des ressources naturelles et d’évaluation des contrats de concession

Voilà les chantiers sur lesquels nous allons vaillamment nous battre une fois à l’Assemblée afin de les rendre effectifs. 15 principales priorités qui vont inlassablement guider notre démarche et cristalliser toutes nos forces une fois à l’Assemblée.  
Avez-vous un objectif précis en termes de nombre de sièges à l’Assemblée ?

Notre préoccupation ne réside pas sur le nombre de sièges que nous aurons à l’Assemblée nationale. Si seulement cela nous intéressait, nous avions mille et une voies d’y accéder ! Entrer à l’Assemblée nationale est une chose, la manière d’y accéder en jouissant d’une légitimité sociale conférée par le peuple en est une autre.

Nous travaillons rigoureusement pour disposer de cette légitimité qui sera gage de notre indépendance et notre autonomie une fois à l’hémicycle. Nous nous sommes toujours battus partout où nous sommes passés pour conserver notre indépendance et notre liberté d’esprit en tout lieu et en toute circonstance.

Notre souhait reste cependant une large victoire de l’opposition au soir du 31 juillet 2022. Nous réitérons encore une fois notre fort ancrage dans l’opposition sénégalaise et travaillons vaillamment à avoir une majorité confortable à l’Assemblée.   

Quatre mois après l’annonce de votre candidature, des spéculations persistent notamment sur vos sources de financements. Vous insistez souvent sur la transparence. Qu'avez-vous à répondre pour lever certaines équivoques ?

Le contraire nous aurait surpris et vous aurait également surpris vous aussi sans doute. Les spéculations ne pourront jamais manquer lorsqu’une personne décide d’opérer un changement sur sa trajectoire professionnelle. Papa Djibril Fall est connu dans le milieu du journalisme avec des prises de position toujours assumées qui plaisent à certains et déplaisent à d’autres.

Ce n’est absolument pas une chose facile de s’engager en politique au Sénégal puisque comme vous le savez autant que moi, le terrain politique est vicié au point que d’aucuns l’assimilent à une arène où s’affrontent de redoutables gladiateurs. Notre engagement politique par ailleurs, n’est rien d’autre que la continuité du combat que nous avons toujours porté sur les plateaux de télévision.

Nos positions ont dérangé autant qu’elles étaient appréciées. Nous sommes à la croisée des chemins parce que d’un côté comme de l’autre, chacun voulait avoir Papa Djibril Fall à ses côtés et il a décidé d’aller seul à la conquête des voix des Sénégalais qui confient à qui ils veulent leur confiance. Nous n’avons aucune source de financement qui proviendrait d’une origine douteuse.

Nos ressources sont principalement humaines et elles sont les plus fondamentales et les plus déterminantes par rapport à tout ce que nous faisons. Nous n’avons pas de moyens financiers certes comme les autres, mais nous avons en bandoulière un engagement sans faille, une très grande volonté de servir ainsi que des jeunes et des femmes qui partagent un même idéal que nous et qui s’engagent de manière volontaire pour apporter leur contribution à la construction de l’édifice.

“Il nous arrive même d’avoir des problèmes de carburant pour approvisionner nos véhicules”

Ceux qui ont les moyens organisent et ceux qui n’en ont pas, comme nous, s’organisent pour atteindre leurs objectifs. Nos moyens sont humains et ils sont adossés à une bonne organisation en interne. Nous nous sommes bien organisés pour tirer profit, de manière très efficiente, de ces importants moyens qui sont à notre disposition.

C’est la raison pour laquelle notre campagne est axée essentiellement sur les visites de proximité et les porte à porte pour sensibiliser le maximum de sénégalais à voter pour notre coalition.

Il nous arrive d’avoir même des problèmes de carburant pour approvisionner nos véhicules d’ailleurs c’est ce qui nous a valu le réaménagement de notre agenda de campagne quitter l’intérieur du pays pour retourner sur Dakar chaque week-end pour défaut de moyens.
Vous avez réaffirmé tantôt votre souhait d’une  victoire de l’opposition. Pourtant après la manifestation du 17 juin, vous avez émis des critiques plutôt équidistantes. Mais vous regrettiez aussi l’usage de la violence comme moyen d’expression politique. Cela vous a valu certaines critiques, vous reprochant de ne pas être un vrai opposant. Qui sont vos adversaires dans ces élections ?

J’ai l’habitude de dire que le Sénégal est une promesse de paix et de stabilité sociale que nul n’a le droit d’altérer. Conserver ou conquérir le pouvoir ne doit pas se faire au prix de la vie d’innocentes personnes.

Si ce discours dérange de part et d’autre, j’en suis désolé mais c’est le discours que je continuerai de tenir parce que c’est une conviction forte en moi. Si prôner la non-violence est synonyme de ne pas appartenir à l’opposition alors je l’assume totalement et entièrement.

Faudrait-il encore préciser que ce ne sont pas ceux qui ne partagent pas mes opinions qui vont décider de mon appartenance ou pas à l’opposition. Je ne regrette aucunement ces propos parce que je fais partie de ceux qui croient qu’il existe d’autres moyens de lutte qui n’appellent pas forcément à la violence.

Nous luttons par les idées, par le savoir, par les arguments et par l’action de la manière la plus correcte et la plus respectueuse possible. Nous avons décidé, volontairement et conformément à nos références sociologiques, de mener notre combat sous cette bannière. En tant que membre de l’opposition, notre seul et unique adversaire reste le parti et la coalition qui le porte au pouvoir.

Nulle autre formation ou coalition politique ancrée dans l’opposition, puisse-t-elle avoir une ligne de conduite différente de la nôtre, ne saurait l’être.  

“Je n’ai aucun regret par rapport à mon engagement politique”

Vous étiez un journaliste très apprécié en général par le grand public. Depuis votre entrée en politique, vous subissez quelques attaques. Avec le recul, regrettez-vous d’avoir fait le saut dans l’arène politique ?

Absolument pas ! Mon engagement politique s’inscrit dans la continuité réelle de mes prises de position de tous les jours et ce que beaucoup ignorent cependant, c’est ce que je reviens en politique. Je ne suis pas du tout novice en politique puisque j’ai milité durant de longues années au sein du Front pour le Socialisme et la Démocratie Benno Jubel (FSD/BJ) de Cheikh Bamba Dièye jusqu’à mon admission au CESTI en 2011.

J’ai alors décidé de prendre du recul par rapport à la politique et de me consacrer exclusivement à mes études journalistiques, et après, à ma carrière professionnelle. 11 ans après, j’ai décidé de revenir en politique dans le seul but de servir la communauté.

Je dois rappeler que quelle que soit la station à laquelle j’ai été tout au long de mon parcours, mon seul et unique objectif a été de servir et je reviens en politique en vue de traduire cet idéal en action car comme l’indique, et à juste titre François Hollande, « un idéal sans action est un renoncement ».

Cela dit, je n’ai aucun regret par rapport à mon engagement politique        


Au soir du 31 juillet, si vous êtes élu, à quoi faut-il s’attendre de la part du député Pape Djibril Fall ?

Un jour qui marquera la légitimation institutionnelle de notre engagement au service du peuple et le début véritable de notre travail malgré tous les efforts fournis jusque-là dans ce combat. Une étape importante sera franchie dans notre parcours et l’occasion nous sera alors donnée d’avoir la possibilité d’influencer activement les politiques publiques. L’occasion nous sera alors donnée de devenir ce à quoi nous avons toujours aspiré : ÊTRE UN SERVITEUR !

Les législatives sont-elles un tremplin pour la prochaine présidentielle ? Serez-vous candidat ?

Notre seule et unique préoccupation du moment reste les élections législatives et nous travaillons vigoureusement pour franchir ce pas et permettre à l’opposition d’avoir une majorité confortable à l’Assemblée nationale.

Entretien réalisé par Adama NDIAYE
SENEWEB

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