Dans un entretien exclusif et sans concession paru ce lundi dans le quotidien L’Observateur, le président de la commission Communication de la Fédération sénégalaise de football (FSF), Bacary Cissé, a dévoilé l'incroyable feuilleton contractuel qui a opposé l'instance au technicien de 45 ans. Les détails financiers et les coups de pression successifs mis en lumière décrivent une gestion de crise permanente menée sous l'arbitrage direct et répété du Palais de la République.
La rébellion des États-Unis et l'arbitrage présidentiel
D'après le récit du responsable fédéral, les pourparlers ont débuté dès le 25 février dernier avec une première proposition officielle de la Fédération. Cependant, les exigences initiales de Pape Thiaw ont rapidement donné « des cheveux blancs au président de la FSF, Abdoulaye Fall ».
Le premier point de rupture survient début juin, à la veille du départ pour les États-Unis, lorsque la presse s'empare d'un secret de polichinelle : le sélectionneur refuse catégoriquement de voyager avec l'équipe tant que son contrat n'est pas signé. Informé par un conseiller présent dans la Tanière, le Président Bassirou Diomaye Faye intervient alors personnellement depuis Dakar.
Le chef de l'État échange directement avec le technicien et parvient à le convaincre d'accepter un salaire mensuel de 30 millions de francs CFA net, alors que ce dernier s'accrochait fermement à une revendication de 50 millions.
Pensant la crise définitivement désamorcée, la délégation s'envole pour le pays de l'Oncle Sam, mais le répit est de très courte durée. Bacary Cissé rembobine cette séquence surprenante en indiquant que, « pourtant, une fois l’équipe regroupée aux États-Unis, le sélectionneur est revenu à la charge ».
Tout en feignant d'accepter le salaire de 30 millions mensuels validé par l'exécutif, Pape Thiaw exige alors une constellation de primes astronomiques. Il réclame 440 millions de prime de signature, 500 millions de primes spéciales et 1 milliard de francs CFA en cas de victoire finale à la Coupe du monde.
Au total, ce sont exactement 1 milliard 940 millions de francs CFA de bonus qui sont exigés sur la table, auxquels s'ajoutent des avantages en nature haut de gamme tels qu'un véhicule de fonction, 200 litres de carburant par mois, une dotation téléphonique de 200 000 francs CFA mensuels et une assurance maladie privée.
Le patron de la communication de la FSF regrette vivement cette période d'instabilité en confiant que « le président de la FSF a donc été contraint d’en référer à nouveau au président de la République, alors même que nous étions en pleine compétition. Tout le monde s’est senti profondément embarrassé par ces va-et-vient incessants ».
L'ultimatum de la Norvège et le coup de force de la clause de rupture
Face à la lassitude des autorités et de l'instance fédérale, le désormais ex-sélectionneur choisit d'ajuster ses demandes. Il maintient son salaire et ses avantages en nature, mais redéfinit ses exigences financières immédiates : 120 millions de prime de signature payables par trimestre, 1% des montants accordés par la FIFA en cas de sacre mondial, et une prime complémentaire de 180 millions de francs CFA étalée à raison de 5 millions par mois pendant les trois ans du contrat.
Surtout, le technicien prend le soin de verrouiller une clause de protection maximale lui garantissant le versement de huit mois de salaire en cas de rupture de contrat, quel qu’en soit le motif. La Fédération donne son accord, mais tente d'introduire une clause de performance stipulant que si les Lions n’atteignent pas les demi-finales, Pape Thiaw sera limogé avec pour seule consolation l'indemnité de licenciement demandée.
C'est le jour du deuxième match décisif du Sénégal contre la Norvège que le scénario bascule dans l'irrationnel. À seulement trois heures du départ de l'équipe vers le stade, Pape Thiaw revient à la charge et exprime son profond désaccord, prétextant que cette clause d'objectif des demi-finales n'avait pas été convenue au départ des négociations.
Brandissant la menace de ne pas prendre place sur le banc de touche pour diriger les Lions, le sélectionneur impose un ultime rapport de force. Contre toute attente, craignant un scandale planétaire en pleine compétition, la Fédération finit par céder et accepte l'intégralité de ses exigences, avec l’approbation expresse des autorités étatiques.
Un chèque de 240 millions de francs CFA pour acter le divorce
L'aventure sportive ayant tourné court de façon brutale avec l’élimination des Lions en seizièmes de finale, le couperet est logiquement tombé ce samedi avec le limogeage du technicien. Sur le plan purement comptable, le Sénégal ayant échoué à poursuivre son parcours mondial, Pape Thiaw ne pourra logiquement prétendre à aucune des primes de performance pharaoniques qu'il avait tenté d'imposer.
Cependant, son bras de fer contractuel de dernière minute lui assure un atterrissage financier extrêmement confortable. En vertu de la clause de rupture à huit mois qu'il a arrachée à trois heures du match contre la Norvège, l'ancien sélectionneur national s'en va avec un chèque garanti de 240 millions de francs CFA payé par les deniers publics.
Ce déballage public laisse désormais la Fédération sénégalaise de football face à ses propres responsabilités et met en lumière une crise de gouvernance profonde que les succès sportifs passés ne parviennent plus à masquer.
