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Sénégal : dette, FMI, emplois… les trois alertes de l’économiste Serigne Moussa Dia pour 2026

ECONOMIE
Vendredi 23 Janvier 2026

Croissance annoncée forte, pétrole et gaz en renfort, mais finances publiques sous tension : l’économie sénégalaise entame 2026 avec une équation délicate. Dans un entretien accordé à Jeune Afrique (22 décembre 2025), l’économiste Serigne Moussa Dia explique pourquoi le pays doit regarder au-delà des “bons” chiffres et se préparer à une année de choix difficiles, notamment sur l’emploi, la dette et le retour du FMI.

Une croissance “solide”… mais pas assez créatrice d’emplois

Pour Serigne Moussa Dia, le premier piège est statistique : la croissance globale peut être élevée tout en restant peu inclusive. Selon lui, l’élan récent repose largement sur les hydrocarbures. Hors pétrole et gaz, la dynamique serait nettement plus faible, donc insuffisante pour absorber l’arrivée massive de jeunes sur le marché du travail.
Son message est clair : tant que la croissance ne vient pas davantage des secteurs productifs (infrastructures utiles, industrie, agriculture modernisée, services), l’économie peut croître sans réduire significativement la pression sociale.

Budget 2026 : un pari ambitieux sur les recettes et les dépenses

Deuxième alerte : la trajectoire budgétaire. L’économiste estime que l’État veut relancer l’investissement public, ce qui est cohérent avec l’objectif de stimuler l’économie réelle. Mais la question décisive demeure : comment financer ces investissements et à quel coût?
Il souligne que la stratégie budgétaire implique une hausse importante des recettes fiscales et une maîtrise stricte des dépenses courantes (masse salariale, subventions), dans un climat social sensible. Le risque : si les hypothèses sont trop optimistes ou si les tensions sociales montent, la trajectoire peut devenir difficile à tenir.

FMI : “on peut s’en passer, mais c’est risqué”

Troisième point clé : le financement. Avec la “dette cachée” et les dégradations de notation, l’accès aux marchés internationaux est devenu plus coûteux. Dans ce contexte, Serigne Moussa Dia juge qu’un programme avec le FMI reste un levier important pour restaurer la confiance.
Il explique que le Sénégal peut, en théorie, tenir sans FMI à condition d’une discipline budgétaire stricte et d’une bonne gestion des revenus hydrocarbures. Mais il met en garde : c’est une stratégie risquée, car l’accord avec le FMI joue aussi un rôle de “signal” pour les investisseurs et partenaires.

Restructuration : vers une solution “technique” plutôt qu’un choc

Sur la restructuration de la dette, l’économiste distingue deux approches : une restructuration “lourde” (avec un coût réputationnel élevé et un risque d’exclusion durable des marchés) et une restructuration “technique” plus fine (réaménagement des maturités, renégociation de certaines conditions) qui serait moins brutale.
Il observe, à travers les positions publiques des autorités, que le Sénégal chercherait une voie médiane : éviter une restructuration frontale tout en travaillant sur des ajustements permettant de rendre la dette plus soutenable.

Franc CFA et Eco : la réforme, surtout institutionnelle

Serigne Moussa Dia élargit enfin le débat au cadre monétaire UEMOA : il critique une politique monétaire trop centrée sur l’inflation, qui rend le crédit plus difficile et peut freiner la croissance de l’économie réelle. Pour lui, la réforme la plus utile serait institutionnelle : adapter les objectifs et outils pour mieux financer l’activité productive.
Concernant l’Eco annoncée au niveau CEDEAO, il juge l’horizon 2027 peu crédible, au vu des incertitudes politiques et du non-respect des critères de convergence par de nombreux pays.

À retenir (en 5 points)

  • La croissance peut être élevée mais peu inclusive si elle est tirée par les hydrocarbures.
  • L’emploi reste l’urgence : il faut une croissance “hors pétrole” plus forte.
  • Le budget 2026 repose sur des hypothèses ambitieuses (recettes, discipline des dépenses).
  • Un accord avec le FMI est un signal de confiance, difficile à remplacer.
  • La dette doit être gérée avec finesse : éviter le choc, privilégier des ajustements crédibles.

Mini-glossaire

  • Dette cachée : passifs non déclarés initialement dans les statistiques publiques, révélés ensuite.
  • Soutenabilité de la dette : capacité d’un État à rembourser sans crise ni ajustements extrêmes.
  • Restructuration technique : réaménagement des maturités/taux/conditions sans “haircut” brutal.
  • Rebasage : recalcul du PIB et des ratios (dette/PIB, déficit/PIB) avec une nouvelle base statistique.
 

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