Un appel au dialogue qui sonne faux

POLITIQUE
Jeudi 7 Mars 2019

On avait annoncé un face-à-face avec la presse mais, finalement, la rencontre aura été un monologue du président de la République dont la réélection venait d’être confirmée par le Conseil constitutionnel. Dans un discours faussement empreint de sérénité, de sagesse, d’apaisement et d’ouverture, le président tout nouvellement réélu a s’est exprimé en ces termes : « A mes yeux, il n’y a eu ni vainqueur ni vaincu. A présent que la campagne est terminée, il n’y a plus de camp démarqué par des lignes partisanes, je vois celui du Sénégal... Je serai le président de tous les Sénégalais et de tous les Sénégalaises, parce que c’est la charge qui m’incombe. Je tends la main à toutes et à tous pour engager un dialogue constructif et je ferai des propositions dans ce sens après ma prestation. Je convie à ce dialogue toutes les forces vives de la Nation et auquel mes prédécesseurs Abdou Diouf et Abdoulaye Wade pourront apporter leur contribution ».


Immédiatement, les commentaires post-déclaratoires se sont focalisés sur l’esprit d’ouverture du « Sage » Macky. On lui taille déjà les habits d’un homme de paix, d’un rassembleur, d’un réconciliateur. Mais une telle déclaration laisse transparaitre que Macky Sall n’est pas un homme de dialogue puisque son premier mandat a été caractérisé que par la violence d’Etat dont il use et abuse au gré de ses intérêts politiques. Aujourd’hui qu’il a obtenu un second mandat dans des conditions qui nous laissent encore dubitatifs, il peut parler de dialogue inclusif. La blessure du premier mandat saigne encore. Pendant sept ans, les libéraux du PDS mais aussi Khalifa Sall et ses partisans ont souffert le martyre seulement pour avoir refusé de faire acte d’allégeance au Prince comme l’ont fait les fossiles Moustapha Niasse et Ousmane Tanor Dieng. Illégalement, Karim Wade a été emprisonné, condamné puis exilé. Khalifa Sall a été conduit à l’échafaud pour avoir voulu être Calife à la place du Calife. Abdoulaye Wade a été humilié par Macky Sall qui n’a pas hésité à saisir sa maison légendaire du Point E, sanctuaire de conception des grandes batailles démocratiques de ce pays. Batailles qui ont permis à Macky Sall de diriger le Sénégal depuis 2012. Cet appel au dialogue n’est point sincère car les conditions préalables ne sont pas réunies. Or, si elles ne le sont pas, il n’est pas inclusif. Comment peut-il appeler au dialogue quand, avant même la proclamation des résultats provisoires, les partisans de son principal challenger Idrissa Seck sont traqués, arrêtés pour avoir alerté ou exprimé leur mécontentement contre les résultats qui donnaient victorieux l’adversaire de leur mentor ? On ne peut pas appeler à un dialogue si l’on ne permet pas à une frange de la population qui s’oppose de jouir du droit constitutionnel de manifester. Comment tendre la main à des millions de Sénégalais dont les leaders politiques en qui ils croient sont arbitrairement embastillés ou injustement déportés ? Comment ose-t-il appeler Abdoulaye Wade à un dialogue ou lui demander des conseils quand il l’a privé de demeure au point qu’il est obligé de vivre dans un hôtel de la place ? Il était impensable que l’ancien président, qui a permis à Macky Sall de disposer de plusieurs maisons ici et à l’étranger, vivrait aujourd’hui dans son propre pays comme un SDF (sans domicile fixe). Macky Sall qui pourra toujours se faire conseiller par Abdou Diouf qui l’a beaucoup encouragé à tenir éloigné Khalifa Sall du champ politique et à réprimer son opposition. 


Autant de choses qui font que cet appel au dialogue n’est qu’une rouerie machiavélique pour endormir par des formules apaisantes une opposition encore sonnée par la défaite électorale. Et cela renvoie à l’image de la fable de l’hyène qui appelle le fils de la girafe avec un poignard dissimilé dans son dos. Macky, c’est le loup déguisé en colombe qui veut rencontrer les brebis de l’opposition. Quand, pendant sept ans, on n’a jamais songé à rencontrer son opposition, ce n’est pas en 2019 qu’on devient subitement un homme de dialogue pour prendre langue avec elle. Le seul discours que Macky Sall connait, c’est celui de la violence. N’est-ce pas lui disait au début de son magistère qu’il démantèlerait l’opposition au point de la réduire à sa plus simple expression ? Tout le tape-à-l’œil participe d’une opération de tétanisation voire d’une chloroformisation des opposants coriaces qui tiennent encore la dragée haute au président de la République Macky Sall.


La véritable raison de ce rendez-vous manqué du président avec la presse sénégalaise et sa valetaille de Bennoo, c’est de s’auto-donner une légitimité à l’issue d’une élection qu’une bonne partie de la population sénégalaise dit entachée de fraudes, de manquements et d’irrégularités. En remerciant dans son laïus les agents du ministère de l’Intérieur notamment la Daf, la Céna, le CNRA d’avoir bien organisé cette élections et les observateurs nationaux et internationaux d’avoir délivré l’éternel quitus EBO (élections bien organisées), Macky Sall lustre sa reconduction à la tête de l’Etat. Il ne veut pas être obsédé par un mandat maculé par les taches de la fraude électorale. Donner un brevet de légitimité et de transparence à sa réélection, tel était l’objet de ce «super ndajé» organisé au palais par les services de la communication présidentielle. Mais les blanchisseries institutionnelles n’y peuvent rien. Cette victoire est entachée par l’élimination systémique de Karim Wade et de Khalifa Sall. Sans ces deux mis hors-jeu par des juges soumis, la réélection de Macky serait impossible au premier tour. D’ailleurs le fou du Roi, Moustapha Cissé Lo, a déclaré publiquement que si le fils de Wade et l’ex-maire de Dakar avaient participé à la présidentielle, Macky serait en train de préparer sa campagne du second tour. C’est donc dire combien cet appel du président Sall est insincère. Par conséquent, l’opposition ne doit pas tomber dans ces messages-traquenards sous-tendus par des motifs inavoués si l’on sait que leur émetteur est allergique voire rétif au dialogue auquel il appelle faussement tout le monde.

 
Serigne Saliou Guèye

 


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