Le président de la République a officiellement lancé une nouvelle phase décisive de la décentralisation au Sénégal. Devant un parterre d'élus locaux réunis à Diamniadio, le chef de l'État a dévoilé sa feuille de route pour transformer les terroirs en véritables moteurs économiques, bien au-delà de Dakar. Si l'ambition est saluée, les exécutifs territoriaux attendent désormais des actes et des garanties concrètes.
« La transformation ne se décrète pas depuis Dakar. Elle se construit dans les terroirs, au plus près des réalités, des urgences et des espérances de nos concitoyens. »
C’est par ces mots forts que le président Bassirou Diomaye Faye a donné, au Centre international de conférences Abdou Diouf (CICAD) de Diamniadio, le coup d’envoi d'une étape charnière de la gouvernance locale au Sénégal : la refondation de l’Acte IV de la décentralisation et la mise en place des « pôles-territoires ».
Inscrite en ligne de mire de l’Agenda national de transformation Sénégal 2050, cette réforme ambitieuse vise à rompre définitivement avec l'hyper-centralisation dakaroise pour faire de chaque région un pôle de compétitivité autonome.
Les 4 piliers de la refondation territoriale
Pour donner du contenu à ce que le chef de l'État qualifie « d’acte fondateur et de confiance », le gouvernement a décliné sa stratégie autour de quatre orientations majeures:
- Modernisation de l’organisation territoriale : Clarifier les rôles et renforcer la proximité immédiate de l’action publique pour éviter les chevauchements administratifs.
- Performance, équité et ingénierie locale : Réduire les disparités flagrantes entre les territoires et doter les collectivités de compétences techniques pointues.
- Réforme profonde du financement : L'État prévoit une hausse progressive des ressources transférées. Une révision du mécanisme d'indexation sur la TVA est notamment à l’étude, parallèlement à l'instauration d'une conférence annuelle sur les finances locales pour sanctuariser la transparence.
- Mise en œuvre des pôles-territoires : Créer de grands espaces régionaux interconnectés, capables de mutualiser leurs services (directions dédiées aux finances, à la santé, à l'éducation, à l'urbanisme) pour peser sur le plan économique.
Entre adhésion et exigences : Le cri du cœur des élus locaux
Dans la salle du CICAD, l'effervescence était palpable. Si les maires et présidents de conseils départementaux ont massivement salué cette volonté de rompre avec le centralisme, ils n'ont pas manqué de poser leurs conditions.
L'histoire des réformes territoriales au Sénégal a souvent laissé un goût d'inachevé aux élus, confrontés à des transferts de compétences sans transferts de fonds réels.
Plusieurs exécutifs locaux sont montés au créneau pour réclamer des garanties institutionnelles concrètes.
« Nous voulons bien être les moteurs du développement, mais nous ne pouvons pas rouler sans carburant », confiait un maire en marge de la rencontre.Outre l'autonomie financière, les élus réclament une démarche de co-construction continue et l'actualisation urgente des textes régissant le foncier et le patrimoine immobilier local, des sujets souvent sources de conflits.
Le consensus par la co-construction
Conscient de ces attentes, le ministre chargé des Collectivités territoriales, Moussa Bala Fofana, s'est voulu rassurant en affirmant que les larges concertations menées en amont avaient permis de dégager un consensus solide.
L'exécutif promet que cette réforme ne sera pas un échelon bureaucratique de plus, mais un levier de simplification.
Le défi est désormais lancé. En transformant la Journée nationale de la décentralisation en un espace permanent de dialogue, Bassirou Diomaye Faye tente de lier durablement le destin de son quinquennat à la réussite des terroirs.
Reste à savoir si l'appareil d'État suivra le rythme pour traduire ces promesses de Diamniadio en réalités palpables pour le monde rural.
