Le pas est franchi. Ce que de nombreux observateurs de la scène politique dakaroise pressentaient depuis des mois est désormais officiel : le président Bassirou Diomaye Faye va se doter de son propre appareil politique. Cette annonce marque un tournant historique dans l'histoire récente du pays et ouvre une nouvelle ère de gouvernance, redessinant instantanément les lignes de force entre la présidence et la majorité parlementaire.
De la coalition de conquête au parti de gouvernement
L'objectif affiché par le chef de l'État est clair : donner une assise structurelle, juridique et militante durable à ses partisans. Après avoir franchi une première étape en officialisant l'autonomie de sa coalition électorale *« Diomaye Président »*, Bassirou Diomaye Faye souhaite transformer l'essai.
Pour l'entourage présidentiel, il s'agit de muer une dynamique électorale hétéroclite en un parti de gouvernance solide, entièrement aligné sur la vision exécutive du président.
« On ne peut pas piloter les réformes de rupture sans un appareil politique totalement dévoué à la feuille de route du chef de l'État», confie une source proche du palais de la République.
Chronique d'une rupture totale
Cette décision est l'aboutissement d'une dégradation continue des relations au sommet de l'État. La dualité au sein de l'exécutif a finalement laissé place à une franche confrontation. Le limogeage d'Ousmane Sonko de son poste de Premier ministre et son rebond stratégique à la présidence de l'Assemblée nationale — suivi de sa réélection triomphale à la tête du PASTEF — avaient déjà posé les jalons de cette séparation.
Le dernier signal fort a été la formation du gouvernement de rupture, composé quasi exclusivement de technocrates et de figures de la société civile directement rattachés au président, sans l'aval ni la participation du PASTEF. En créant son propre parti, Bassirou Diomaye Faye s'émancipe définitivement de la tutelle morale de son ancien camp.
Référendum et horizon 2029 : Le bras de fer est engagé
Face à une Assemblée nationale contrôlée par la majorité parlementaire du PASTEF, le président de la République sait que le chemin des réformes sera semé d'embûches. Pour contourner d'éventuels blocages institutionnels, le chef de l'État a d'ores et déjà annoncé son intention de soumettre directement ses projets de révision constitutionnelle au peuple par voie de **référendum**.
En structurant cette nouvelle force politique, Bassirou Diomaye Faye ne prépare pas seulement les batailles législatives à venir ; il pose les jalons de l'élection présidentielle. Le Sénégal s'apprête ainsi à vivre une cohabitation inédite et un duel fratricide au sommet, où l'appareil historique du PASTEF fera face à la nouvelle dynamique présidentielle. La recomposition du paysage politique national ne fait que commencer.
