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BAL Saison 6, Dakar Arena absente: ce qu'en pense Amadou Gallo Fall

SPORT
Mardi 17 Février 2026

La nouvelle a fait l’effet d’une douche froide pour une partie du public sportif sénégalais : la Dakar Arena, devenue en quelques années l’un des visages les plus identifiables de la Basketball Africa League (BAL), ne figure pas au calendrier de la saison 6. Dans un pays où l’événement s’était imposé comme un rendez-vous populaire, la disparition de Dakar des villes-hôtes ressemble à une rupture. Pourtant, du côté de la ligue, le message est soigneusement calibré : il ne s’agit ni d’un désamour, ni d’une sanction, mais d’un choix de modèle. Et ce modèle, explique le président de la BAL Amadou Gallo Fall, est en train de basculer d’une phase d’expansion à une phase de consolidation économique et de refonte structurelle.


Dans un entretien avec Seneweb, le dirigeant sénégalais replace d’abord la saison 6 dans une trajectoire qu’il qualifie de “charnière”. Le calendrier a été annoncé avec deux conférences, au lieu des trois retenues la saison précédente, et une phase finale maintenue à Kigali. La ligue retournera en Afrique du Sud pour lancer la Conférence Kalahari du 27 mars au 5 avril, avant d’enchaîner avec la Conférence Sahara au Maroc du 24 avril au 3 mai, puis les Finals 8 au Rwanda du 22 au 31 mai. Derrière cette architecture, il y a une idée simple : réduire la dispersion géographique pour stabiliser un produit encore jeune, mais déjà coûteux, et préparer le terrain à une transformation plus ambitieuse qui dépasse la simple question des sites.

Amadou Gallo Fall insiste sur le fait que la BAL n’est pas une compétition “légère” qu’on déplace comme un décor. Elle fait partie, dit-il, de “l’écosystème NBA” et fonctionne avec “des standards très élevés”, qui se traduisent immédiatement par des coûts logistiques et opérationnels importants. C’est dans ce cadre que le passage de trois conférences à deux est justifié : “Évoluer dans deux pays plutôt que trois permet une meilleure maîtrise des dépenses.” La phrase est nette et, au fond, elle explique l’essentiel : la ligue cherche un point d’équilibre entre ambition panafricaine et soutenabilité financière.


Cette contrainte économique n’est pas présentée comme une difficulté ponctuelle, mais comme une étape logique après cinq ans d’investissements. Le président de la BAL décrit une ligue qui, après avoir prouvé qu’elle pouvait exister sportivement et médiatiquement, doit désormais convaincre qu’elle peut durer. Il ne donne pas le coût exact d’une édition et refuse d’entrer dans des chiffres, mais il rappelle qu’une étude indépendante attribue aux quatre premières saisons un impact économique cumulé d’environ 250 millions de dollars sur le continent et près de 37 000 emplois générés. Dans son récit, ces chiffres servent à montrer que la BAL n’est pas seulement un tournoi : c’est une industrie événementielle, une chaîne de sous-traitance, un écosystème de prestataires et de services, qui ne peut pas fonctionner sans partenaires solides, privés comme publics.


C’est précisément là que l’absence de Dakar devient plus lisible. Le Sénégal, dit Gallo Fall, demeure un partenaire majeur, mais l’organisation ne peut pas reposer uniquement sur l’évidence affective d’une grande salle ou sur la ferveur du public. Il rappelle que la Dakar Arena est une infrastructure “de classe mondiale”, au même titre que la Kigali Arena. Il souligne aussi que la BAL a déjà tenu des conférences ailleurs dans des complexes de référence, et cite l’Égypte, l’Afrique du Sud et le Maroc comme des hôtes capables d’absorber le dispositif. Autrement dit, la question n’est pas de savoir si Dakar “mérite” l’événement ; la question est de savoir dans quel format la ligue veut fonctionner cette année et à quel coût.


La ligue, explique-t-il, a ajusté son modèle quasiment chaque saison depuis sa création. Elle a démarré dans une bulle à Kigali en 2021, puis a évolué, passant à deux conférences, puis à trois, avant de revenir à deux. Cette flexibilité n’est pas, à ses yeux, un signe d’improvisation, mais un signe d’apprentissage. Il reconnaît que les supporters sénégalais ont réagi fortement et qu’il a reçu “beaucoup de messages”.

Il admet que “l’atmosphère de Dakar Arena va nous manquer” et insiste sur la valeur créée localement lorsqu’un événement de cette taille s’installe : emplois, contrats, fournisseurs, retombées économiques. Mais il ramène aussitôt la discussion à la réalité : la BAL doit faire des arbitrages et “tenir compte de nos réalités financières”. La phrase peut frustrer, mais elle a le mérite de clarifier un point que beaucoup de compétitions évitent d’avouer : l’économie de l’événement dicte une partie du calendrier, et pas seulement la passion.
Le président de la ligue refuse toutefois de laisser s’installer l’idée d’un divorce avec le Sénégal.

Il répond explicitement à la question d’un manque d’accompagnement par un non catégorique et ajoute : “Je suis convaincu que nous reviendrons au Sénégal.” Il rappelle que le pays a déjà eu des partenaires privés, que les autorités sont engagées, et qu’il est en discussion permanente avec les institutions. Ce discours vise à maintenir Dakar dans l’orbite de la ligue, sans pour autant promettre un retour immédiat, ni donner une date. Il installe plutôt une logique de cycle : Dakar n’est pas exclue, Dakar est “en pause” dans un format resserré.


L’argument sportif est aussi mobilisé, mais il vient après l’argument économique. En revenant à deux conférences de six équipes, la BAL choisit un système de qualification plus simple et plus lisible, où les quatre meilleures équipes de chaque poule se qualifient directement. Le président explique que cela évite “les comparaisons complexes” entre équipes classées au même rang dans des groupes différents.

Ce point peut paraître technique, mais il a une utilité : présenter la réforme comme un choix de cohérence sportive et non comme un simple plan d’économie. Le sous-texte est clair : la ligue veut un tournoi plus fluide, plus “compréhensible”, plus “vendable”, et donc potentiellement plus attractif pour les diffuseurs et les sponsors.


Mais la partie la plus structurante de son entretien n’est ni Dakar, ni le format à deux conférences. Le vrai basculement, c’est le mot qu’il lâche presque comme une annonce : “après cinq ans, nous allons faire évoluer le modèle vers un système de franchises.” C’est là que l’absence de Dakar prend un sens plus large. La BAL ne se contente pas de changer de ville ; elle cherche à changer de nature.
Aujourd’hui, dit-il, douze équipes représentant douze pays participent à la ligue, avec une qualification qui combine champions nationaux et éliminatoires FIBA. Cette mécanique produit une rotation importante des clubs : d’une année à l’autre, certaines équipes disparaissent, d’autres apparaissent.


Il souligne qu’un seul club, Petro de Luanda, a participé à toutes les éditions. Pour un produit sportif, cette instabilité est un handicap, car elle rend plus difficile la construction de rivalités durables, de narrations récurrentes, de fidélité de supporters et de marques d’équipes. Le monde du sport moderne, rappelle-t-il, se construit aussi sur l’habitude et la prévisibilité.


C’est exactement ce que cherche le système de franchises : des équipes plus stables, capables de recruter à long terme, de structurer leur management, d’installer une identité, et de créer une relation durable avec le public. Il résume l’objectif en une phrase qui ressemble à un credo : “Nous voulons une ligue plus longue dans la durée, plus stable.” Il ajoute que “le monde des affaires recherche la prévisibilité”, manière de dire que, pour attirer des sponsors et des diffuseurs, il faut des repères constants, des rendez-vous identifiables, des équipes que le public retrouve saison après saison.


Dans cette perspective, les villes-hôtes deviennent un élément d’un puzzle plus grand. La BAL doit choisir des pays capables non seulement d’accueillir l’événement, mais aussi de soutenir un dispositif qui s’alourdit avec la professionnalisation. C’est pourquoi Amadou Gallo Fall insiste sur la nécessité d’un soutien public et privé “fort”, parce que “l’organisation est lourde logistiquement”. Là encore, la phrase est révélatrice : ce n’est pas seulement une affaire de salle, c’est une affaire de chaîne de valeur, de logistique, d’accès, de partenariats, d’écosystème. Il évoque l’accessibilité des pays hôtes comme critère essentiel, et le Sénégal, sur ce plan, reste compétitif, mais il n’est pas le seul.


Le discours de Fall contient aussi une dimension plus “mission” qui vise à rappeler pourquoi la BAL existe. Il insiste sur la progression de la qualité du jeu et sur la capacité de la ligue à attirer des talents du monde entier, tout en “révélant et retenant le talent africain”. Il cite Jean-Jacques Boissy, MVP de la saison 5, comme exemple d’un joueur qui a grandi dans cet écosystème.


Il évoque aussi la NBA Academy, créée en 2017, et la BAL comme un parcours professionnel permettant à un jeune africain de se former et d’atteindre le haut niveau sans forcément quitter le continent. Cette idée, au fond, sert à rappeler que la ligue ne veut pas seulement produire du spectacle : elle veut produire un pipeline de talents et un marché du basket africain plus autonome.


Cette vision explique aussi, indirectement, pourquoi la ligue doit se “rationaliser”. Plus elle vise haut, plus ses exigences augmentent : formation des arbitres, encadrement, production télé, couverture mondiale. Gallo Fall rappelle que les matchs sont diffusés dans 214 pays et en 17 langues, ce qui implique des coûts croissants. Il explique qu’ils cherchent chaque année à améliorer les conditions, mais qu’ils ont toujours besoin d’un “engagement fort” des partenaires publics et privés. C’est une manière de dire que la BAL est un produit premium, mais qu’un produit premium doit être financé comme tel.


L’absence de Dakar Arena en saison 6 peut donc se lire comme une parenthèse dans un cycle, mais aussi comme un signal : la BAL, désormais, veut fonctionner sur des bases plus “soutenables” et plus “structurées”, et chaque ville-hôte devra s’inscrire dans ce nouveau cadre. Dans ce récit, Dakar n’est pas rejetée ; Dakar est appelée, implicitement, à consolider les garanties qui rendent un retour évident. Fall, en bon communicant, choisit de rassurer sans s’enfermer : il dit “nous reviendrons”, mais il parle surtout de ce qui doit évoluer pour que la ligue continue d’exister.


Au final, le débat dépasse la frustration légitime des supporters sénégalais. Il pose une question plus profonde : comment construire une ligue africaine de haut niveau qui soit à la fois ambitieuse, stable et rentable, sans se perdre dans une expansion trop rapide ? La réponse de Gallo Fall tient en deux idées qui se répondent : réduire la dispersion pour maîtriser les coûts, et transformer le modèle sportif pour stabiliser les équipes et attirer durablement les investisseurs. Dakar, dans cette histoire, n’est pas une victime ; elle est une pièce majeure d’un projet qui change de phase. Et si l’on s’en tient à la promesse la plus claire du président de la ligue, l’absence de cette année n’est pas un adieu : “Je suis convaincu que nous reviendrons au Sénégal.”

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