Une annonce de protection dans un climat de tension
La décision, telle qu’elle est présentée par JAMRA, intervient dans un contexte tendu où l’organisation dit faire face à des menaces, au moment même où elle évoque la publication prochaine d’une “liste” de personnes. Selon ses propres déclarations, cette publication devait s’inscrire dans ce que l’ONG décrit comme une démarche militante ancienne, qu’elle compare à une action passée — une référence destinée à justifier une méthode, mais qui, aujourd’hui, suscite surtout des inquiétudes.Car au-delà de la question sécuritaire, c’est la perspective de la diffusion d’une liste nominative qui concentre l’attention. Jeudi, JAMRA indiquait toutefois avoir été saisie par un de ses avocats, Me Seydou Diagne, pour différer cette publication, le temps de son retour de voyage. Un report présenté comme une mesure de prudence, mais qui ne dissipe pas la controverse.
Le cœur du problème : sécurité, mais aussi responsabilité
Que des autorités accordent une protection à une personnalité se disant exposée peut s’expliquer, surtout lorsqu’il existe des signaux de risque. La mission première des forces de sécurité demeure la prévention des atteintes aux personnes, indépendamment des opinions ou des combats menés. Sur ce point, la communication de JAMRA cherche à installer l’idée d’une réponse institutionnelle à une menace.Mais l’annonce se heurte immédiatement à une autre lecture : la protection d’un acteur qui annonce la publication d’une liste nominative sur un sujet aussi sensible peut être perçue, par certains, comme un symbole politique. D’où la montée rapide des interrogations : de quoi parle-t-on exactement ? Quelle est la nature de la menace ? Et surtout, quel est le statut légal d’une “liste” destinée à être rendue publique ?
Publication de listes nominatives : un terrain miné
La diffusion d’identités — en particulier sur des sujets intimes comme l’orientation sexuelle réelle ou supposée — expose à des risques graves : stigmatisation, harcèlement, agressions, ruptures familiales, pertes d’emploi, et violences. Même lorsqu’une organisation affirme agir “au nom d’une cause”, la publication de noms relève du “doxxing” (exposition de personnes), et peut franchir des lignes rouges éthiques et juridiques, notamment en matière de vie privée, de diffamation, d’incitation à la haine ou de mise en danger d’autrui.C’est là que l’affaire devient plus large qu’un simple dispositif de protection : elle touche à la responsabilité des acteurs publics et privés dans un débat où les mots peuvent déclencher des actes. Dans un pays où l’opinion est déjà traversée par des tensions autour de questions de mœurs, l’idée d’une liste “à publier” agit comme un accélérateur.
Un report annoncé, mais une crise de confiance persistante
Le fait que JAMRA évoque une demande de son conseil de “différer” la publication n’éteint pas la polémique. Au contraire, il laisse la société dans un entre-deux : la liste existe-t-elle ? Sera-t-elle publiée ? Sur quelles bases ? Et qui, concrètement, pourrait en subir les conséquences ?Dans ce climat, l’annonce d’une garde rapprochée prend un autre sens : elle signale que les protagonistes anticipent une montée des tensions, et que la séquence est devenue hautement inflammable.
Ce que cette affaire révèle
Au fond, trois enjeux se superposent. D’abord, la sécurité : protéger des personnes menacées est une obligation de l’État. Ensuite, la gouvernance de la parole publique : annoncer une liste nominative sur un sujet intime est une décision à haut risque, qui peut créer une spirale de violence sociale. Enfin, le débat démocratique : comment traiter des sujets de société sans basculer dans la dénonciation, l’exposition et la mise au pilori ?Dans une période où l’espace public est déjà électrique, la gestion de cette séquence exigera davantage que des communiqués : de la responsabilité, de la retenue, et un rappel clair des principes qui protègent tout citoyen — la dignité, la vie privée, et la sécurité.

