De retour d'une immersion profonde dans le Nord du pays, Barthélémy Dias a choisi le siège de son mouvement « Sénégal Bi Nu Bokk » pour livrer une analyse sans concession de la marche actuelle de l'État. L’ancien maire de Dakar, dont la parole s’était faite rare ces derniers temps, est réapparu avec un discours offensif, nourri par les témoignages recueillis auprès des agriculteurs de la Vallée, des pêcheurs de Saint-Louis et des éleveurs du Fouta. Pour le leader politique, le diagnostic est sans appel : le Sénégal souffre d'une pathologie profonde caractérisée par une absence de leadership et une déconnexion inquiétante entre les priorités du sommet et les urgences du terrain.
«Quand un gouvernement passe son temps à éteindre ses propres incendies financiers, il ne peut gérer les urgences, encore moins planifier le développement.»
L’un des points centraux de son intervention porte sur le fonctionnement même du tandem exécutif. Barthélémy Dias n'a pas hésité à qualifier le duo au pouvoir de « grosse déception », estimant que le pays a été confié à un attelage qui peine à trouver ses marques. Dans une métaphore imagée, il a fustigé une confusion des rôles institutionnels en soulignant que le fauteuil présidentiel, légitimé par le suffrage universel, semble aujourd'hui déserté au profit d'une gestion bicéphale qui fragilise l'autorité de l'État. Selon lui, cette carence de vision se traduit par un pilotage à vue où la communication de crise semble avoir pris le pas sur la planification stratégique.
Sur le plan économique et social, le constat dressé par l'ancien édile est particulièrement alarmant. Barthélémy Dias s'est fait l'écho d'une détresse rurale qu'il juge insupportable. Il a longuement évoqué le paradoxe de la vallée du fleuve Sénégal où les terres fertiles restent assoiffées, faute d'un plan d'irrigation ambitieux.
L’échec de la campagne arachidière et l'abandon des éleveurs face à la cherté de l'aliment de bétail constituent, à ses yeux, les preuves d'un décrochage avec le monde paysan. Plus grave encore, il a agité le spectre d'un péril financier imminent, évoquant un risque de défaut de paiement de l'État d'ici mars 2026, aggravé par la suspension des programmes avec les partenaires financiers internationaux.
La gestion de la sécurité et des infrastructures n'a pas échappé aux critiques du leader de « Sénégal Bi Nu Bokk ». Barthélémy Dias s'est interrogé sur la vulnérabilité croissante de l'administration, citant les récents incidents ayant frappé des centres névralgiques comme le Trésor et la Direction de l'Automatisation des Fichiers. Il estime qu'un gouvernement incapable de sécuriser ses propres données personnelles ne saurait garantir la sécurité des citoyens.
Parallèlement, il a dénoncé un arbitraire budgétaire où les fonds publics seraient mobilisés pour l'achat de véhicules de fonction ou l'indemnisation d'activistes, alors que les bourses des étudiants et les aides aux familles vulnérables accusent des retards de paiement chroniques.
Enfin, la question de la justice a occupé une place prépondérante dans son discours. Revenant sur le décès tragique de l'étudiant Abdoulaye Ba, Barthélémy Dias a exigé la mise en place d'une commission d'enquête totalement indépendante pour faire la lumière sur cette affaire qu'il juge impardonnable. En guise de remède à cette situation, il appelle à une refondation de l'action publique à travers sa plateforme politique, prônant le retour d'un État protecteur et stratège, capable de transformer les potentialités agricoles et maritimes du Sénégal en leviers de souveraineté réelle.
«Cette tragédie est impardonnable. Je promets à la famille et aux étudiants que justice sera rendue. Nous exigeons une commission d’enquête indépendante. La justice n’est pas négociable.»
