Lors de l’assemblée générale de la coalition Diomaye Président, le chef de l’État Bassirou Diomaye Faye a livré une réflexion plus large sur la pratique du pouvoir et la responsabilité des acteurs politiques dans un contexte national qu’il juge encore marqué par des tensions.
Dans un long propos adressé aux responsables et militants de la coalition, le président sénégalais a estimé que son accession au pouvoir devait susciter une réflexion collective sur la manière de faire de la politique au Sénégal.
« Mon élection doit être une source de réflexion pour ceux qui font la politique. Chacun peut avoir son ambition personnelle parce que sans ambitions personnelles nul ne peut prétendre porter les ambitions d’un État et d’un peuple. Mais il faut faire en sorte que la manière de matérialiser cette ambition et de l’accomplir soit la meilleure possible. »
« Malgré tes ambitions, tu restes un Sénégalais»
Le chef de l’État a insisté sur la responsabilité nationale qui incombe aux acteurs politiques, rappelant que les ambitions individuelles ne doivent jamais prendre le pas sur l’intérêt collectif.
« Qui que tu sois, malgré tes ambitions, tu restes un Sénégalais et tu ne pourras diriger que les Sénégalais. Donc tâchons de parfaire notre façon de chercher le pouvoir. »
Dans cette perspective, il a expliqué que son attitude politique procède d’une réflexion personnelle sur la manière d’exercer l’autorité.
« Je vais vous dire pourquoi j’agis comme je le fais. Face à une situation, si tu fais comme tout le monde, qu’est-ce qui te différencie des autres ? »
Un pays marqué par les tensions
Revenant sur le contexte dans lequel il a accédé à la magistrature suprême, Bassirou Diomaye Faye a évoqué un Sénégal fragilisé par les divisions.
« Je sais où le Sénégal était en termes de discordes, de conflits et de désunion quand Dieu a décidé de faire de moi le président. »
Il a également rappelé l’espoir suscité par son élection auprès de la population.
« Je sais aussi l’espoir que cela a suscité dans le cœur des Sénégalais quand j’ai été élu. »
Mais cet espoir se confronte, selon lui, à la réalité des défis rencontrés depuis l’arrivée au pouvoir.
« Quand nous avons vu les difficultés que nous avons trouvées… Il y a des difficultés. Et donc ce que nous devons faire, c’est de nous concentrer sur l’essentiel, de travailler avec sérénité, d’apaiser les tensions et de rendre le pays paisible. »
Débattre sans violence
Le président a appelé à un débat politique apaisé, débarrassé de toute violence verbale.
« La politique et les débats sont nécessaires, mais nous devons débattre dans le respect et la sérénité. Nous devons le faire sans violence verbale. »
Selon lui, les divergences politiques ne doivent pas transformer les acteurs politiques en adversaires irréconciliables.
« Si nous avons tous l’ambition de développer le pays et d’œuvrer pour son bien, il n’y a pas de raisons d’être des ennemis entre acteurs politiques. Nous devons éviter de nourrir les tensions et les divisions. »
Refuser les querelles politiques
Face aux difficultés du pays, le chef de l’État estime que les responsables politiques doivent éviter les polémiques.
« Je pense que là où j’ai trouvé le Sénégal et les difficultés auxquelles le pays est confronté, je ne dois pas être distrait par des querelles. »
Il a également livré une réflexion personnelle sur le style de leadership qu’il souhaite incarner.
« Un leader ne doit pas crier pour se faire entendre. Le silence a beaucoup de vertus, énormément de vertus. »
L’écoute des guides religieux
Bassirou Diomaye Faye a également évoqué les attentes exprimées par certains guides religieux.
« Surtout quand tu es dans un pays où ceux que tu diriges et qui soutiennent ce pays, nos guides, commencent à appeler. C’est sûr qu’ils n’ont pas l’esprit tranquille. »
« Quand ces guides te disent qu’ils ont mis leur espoir en toi pour un apaisement du pays, tu n’as pas d’autre choix que de tout remettre entre les mains de Dieu et de supporter la lourdeur de la charge sans fléchir. »
Une coalition appelée à jouer son rôle
Le président sénégalais a par ailleurs exhorté les responsables de la coalition Diomaye Président à s’impliquer davantage dans l’accompagnement de l’action gouvernementale.
« Quand j’ai demandé de rebâtir la coalition, il s’est passé beaucoup de temps et rien n’a été fait. La coalition n’a eu que deux activités : une conférence de presse pour les 100 jours du mandat et une conférence de presse lors de l’anniversaire du mandat. »
Selon lui, une coalition de soutien ne peut rester inactive.
« Une coalition qui soutient l’action présidentielle ne peut pas être atone. La coalition doit être présente. »
Il a également rappelé que l’exercice du pouvoir devait rester collectif.
« Ce pouvoir, nous l’avons eu avec vous. Nous devons l’exercer avec vous. C’est ça être digne. »
« Tu ne peux pas bénéficier du soutien des alliés qui t’ont prêté leur récépissé et après gouverner sans eux. Ce pouvoir que Dieu nous a confié, nous l’exercerons avec vous. »
Refus des duels verbaux
Bassirou Diomaye Faye a également expliqué son refus d’entrer dans les polémiques politiques.
« Pour se disputer, il faut être deux. Quand un parle sans avoir de vis-à-vis, cela devient un monologue. »
« On ne peut interdire à quelqu’un de soliloquer, mais nous nous refusons à entrer dans des duels verbaux qui nous empêcheraient de nous concentrer sur nos priorités. »
Une opposition légitime
Le chef de l’État a enfin rappelé la place de l’opposition dans la démocratie sénégalaise.
« Votre adversaire, c’est l’opposition, et même cette opposition doit avoir voix au chapitre. L’opposition est la prochaine équipe dirigeante. »
Il a également mis en garde contre toute tentation d’appropriation du pouvoir.
« Être au pouvoir ne signifie pas s’engager dans une certaine forme d’éternité au pouvoir. »
Avant de conclure par un appel au sens de l’histoire.
« Le Sénégal ne nous appartient pas, à nous les politiques. Les devanciers, nous leur devons reconnaissance et préservation du legs. »
