L’étau s’est refermé sur Stellio Gilles Robert Capo Chichi, plus connu sous le nom de Kemi Seba. Interpellé le 15 avril 2026 à Pretoria, le leader d’Urgences Panafricanistes est désormais sous le coup d'une procédure d'extradition vers Cotonou. Accusé de soutien à une tentative de putsch, l'activiste aborde cette bataille judiciaire sans son ancienne protection consulaire : la nationalité française.
L'annonce est tombée mercredi soir, confirmée par des sources judiciaires béninoises. En transit en Afrique du Sud, Kemi Seba a été arrêté par les services de sécurité locaux. Ce n'est pas, cette fois, pour un incident lié à un visa, mais en vertu d'une coopération judiciaire serrée entre Cotonou et ses partenaires internationaux.
Un dossier lourd : Désinformation et sédition
La Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet) du Bénin ne l'attend pas pour de simples discours enflammés. Selon les enquêteurs du Centre national d’investigation numérique (CNIN), l'activiste aurait joué un rôle pivot dans la tentative de coup d'État du 7 décembre 2025 menée par le lieutenant-colonel Pascal Tigri.
On lui reproche d'avoir utilisé sa force de frappe numérique pour diffuser des vidéos affirmant la chute du président Patrice Talon, tout en appelant les citoyens à rallier les mutins. Désormais conseiller spécial du chef de la junte nigérienne, Abdourahamane Tiani, Kemi Seba est perçu par Cotonou comme l'architecte d'une « guerre hybride » menée depuis les capitales de l'Alliance des États du Sahel (AES).
Le rappel : Un activiste sans passeport tricolore
Cette arrestation survient dans un contexte juridique particulier pour l'activiste. Pour rappel, Kemi Seba n'est plus citoyen français. En juillet 2024, le Conseil d'État français avait confirmé la perte de sa nationalité, une procédure rare engagée par le ministère de l'Intérieur.
La France lui reprochait alors une « posture constante d'hostilité manifeste » envers ses intérêts, dénonçant ses diatribes récurrentes et sa proximité avec des puissances étrangères jugées hostiles. En réponse, l'activiste avait brûlé son passeport français lors d'une mise en scène médiatisée, affirmant n'avoir que faire d'une « citoyenneté coloniale ».
Ce retrait de nationalité change aujourd'hui la donne diplomatique :
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Plus de protection consulaire : La France n'a aucune obligation (ni intention) d'intervenir auprès des autorités sud-africaines pour assister l'un de ses anciens ressortissants.
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Liberté d'action pour Cotonou : Le Bénin traite désormais avec un citoyen dont le statut est simplifié, évitant les tensions diplomatiques directes avec Paris lors d'une extradition.
Une région sous tension
L'arrestation de Seba intervient alors que le successeur désigné de Patrice Talon, Romuald Wadagni, vient de remporter l'élection présidentielle du 12 avril avec plus de 94 % des voix. Dans ce climat post-électoral fragile, les autorités béninoises semblent déterminées à neutraliser les foyers de déstabilisation extérieurs.
Tandis que le cerveau présumé du putsch, Pascal Tigri, reste introuvable — possiblement réfugié au Niger selon les services de renseignement — l'extradition de Kemi Seba vers le Bénin marquerait un coup d'éclat majeur pour le régime de Cotonou. Le procès à venir pourrait lever le voile sur les ramifications complexes entre activisme numérique, réseaux sociaux et tentatives de renversement armé en Afrique de l'Ouest.
Chronologie : Du passeport brûlé à la cellule de Pretoria
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Mars 2024 : Le gouvernement français engage une procédure de déchéance de nationalité contre Kemi Seba.
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Juillet 2024 : Perte officielle de la nationalité française. Seba se revendique "pleinement et seulement Africain".
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7 Décembre 2025 : Tentative de coup d'État manquée au Bénin. Seba publie des messages de soutien aux mutins.
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12 Avril 2026 : Élection de Romuald Wadagni au Bénin. Seba multiplie les vidéos virulentes depuis l'étranger.
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15 Avril 2026 : Interpellation à Pretoria en Afrique du Sud.

