
Discret mais influent durant les douze années du régime de Macky Sall, Moustapha Diop a longtemps cultivé l’art de l’effacement. Peu bavard, rarement dans les médias, il s’est imposé en coulisses, de la Microfinance à l’Industrialisation. Une puissance tranquille, aujourd’hui rattrapée par une double affaire judiciaire.
Tabaski Ngom : une affaire personnelle devenue affaire d’État
Le premier volet concerne sa mise en cause dans le dossier dit "Tabaski Ngom", une femme d’affaires qui l’accuse de lui devoir 300 millions de francs CFA. Diop nie en bloc, affirmant qu’il n’a jamais signé de document, ni demandé un quelconque prêt. Selon lui, leur relation remonte à 2022 et n’avait rien de financier à l’origine. Il affirme que la plaignante voulait "lui rendre l’ascenseur" pour un service antérieur, en contribuant notamment à sa campagne électorale à hauteur de 20 millions.Lors du vote de la première levée de son immunité parlementaire en mars, Moustapha Diop avait surpris l’hémicycle en plaidant lui-même pour sa propre mise en accusation, dans un discours digne d’un avocat :
« Je n’ai rien à craindre, je ne crois qu’en Dieu. Je vous demande, à l’unanimité, de lever mon immunité pour que je puisse laver mon honneur. »
Covidgate : 2,5 milliards au cœur de l’ouragan
Mais c’est surtout le dossier explosif de la gestion des fonds Covid-19 qui place aujourd’hui Moustapha Diop dans la tourmente. Selon le ministre de la Justice, 2,5 milliards de francs CFA lui ont été alloués pour l’achat de masques. Or, des irrégularités majeures ont été relevées : paiements en espèces, contrats attribués sans appel d’offres, absence de traçabilité… Le gestionnaire du compte et le secrétaire général du ministère ont tous deux confirmé avoir agi sur instruction directe du ministre, en violation des procédures prévues.Pour sa défense, Moustapha Diop minimise :
« 2,5 milliards, c’est 0,025 % des fonds Covid. Une tasse d’eau dans l’océan. Pourquoi moi ? »Ce que l’on appelle aujourd’hui le « Covidgate » aurait pu rester un dossier administratif parmi d’autres. Mais Moustapha Diop est aussi rattrapé par un vieux contentieux : sa gestion à la tête du ministère de la Microfinance en 2015. À l’époque, il avait refusé de répondre aux auditeurs de la Cour des comptes. Aujourd’hui, c’est justement cette institution qui l’envoie devant la justice.
Un ton bien différent de celui, plus serein, affiché quelques semaines plus tôt.
Longtemps silencieux, rarement attaqué, l’ancien protégé du régime Benno est désormais seul face à des accusations lourdes, dans un contexte post-régime où les anciens piliers tombent les uns après les autres. Après sa rupture avec l’APR en 2024, le maire de Louga entame une descente politique brutale, marquée par deux affaires qui pourraient enterrer définitivement son avenir.