L’Assemblée nationale du Sénégal n’a, décidément, presque rien perdu de sa « superbe ». Ou de sa supercherie ? Malgré l’actualité brûlante, elle a rappelé, tout au long de la séance de ce mardi 24 février, son « statut » de chambre d'éloges, d’applaudissements et de quolibets. Les régimes passent, mais les pratiques d’antan demeurent. La rupture attendue à l’hémicycle est sur le point de faire long feu.
Cœur du pouvoir législatif, elle donne l’air d’une institution sans « pouvoir » ou « inconsciente » de son rôle dans le bon fonctionnement d’une République, d’une nation. Ce mardi 24 février 2025, recevant le Premier ministre, lors des traditionnelles questions d’actualité, l’Assemblée nationale a troqué sa « force institutionnelle » pour « renforcer » un homme. Le 11 juillet 2009, au Parlement ghanéen, Barack Obama rappelait que « L'Afrique n'a pas besoin d'hommes forts, mais de fortes institutions ».
Sous nos tropiques, la réalité est tout autre. Les hommes « snobent » les institutions. Les élus servent des intérêts particuliers au détriment de l’intérêt général. Des hommes d’abord, le peuple après. Ou encore le parti avant la patrie. Ce qui a poussé une députée de Pastef à une « banalisation » abjecte de la mort de l’étudiant Abdoulaye Bâ sous les « applaudissements » de certains de ses collègues de la majorité parlementaire. « Ce n’est pas la première fois qu’il y ait mort d’homme à l'université », dit-elle. Le don de soi pour le parti.
Sur cette question, les « fameux » bulletins de renseignements ont conduit l’Etat, à travers la police, à intervenir au sein du campus universitaire, d’après le Premier ministre. Une intervention pour empêcher le « projet » de casse de la bibliothèque et de restaurants et qui s’est finalement soldée à un mort d’homme. « Si c’était à refaire, je vais le refaire », assume-t-il. « La vie humaine est sacrée », dira plus tard le Premier ministre pour dénoncer la recrudescence des accidents de la route. Mais à l‘université, les restaurants et la bibliothèque semblent avoir plus de valeur que la vie d’un étudiant. « Le campus est un quartier comme les autres quartiers de Dakar », dit-il. Sauf que « le régime des franchises et libertés universitaires s’applique à la communauté universitaire composée des enseignants, des chercheurs et des étudiants », d’après la loi n°94-79 du 24 novembre 1994. Ce qui fait du « campus social » un quartier pas comme les autres.
𝗣𝗿𝗲𝘀
La baisse des prix de certains produits a été au centre des interventions. Le Gouvernement la considère comme une « prouesse » sans le Fonds monétaire international (Fmi). Or, plusieurs mois avant l’annonce de cette baisse, le Plan de redressement économique et social (Pres) était déjà à l’œuvre pour une « mobilisation des ressources internes », marquée par une taxation tous azimuts. La part de sacrifice du contribuable, selon le chef du Gouvernement. C’est ce qu’on appelle : « reprendre de la main gauche ce qu'on a donné de la main droite ». D’ailleurs, la députée Aïssata Tall Sall dira au ministre du Commerce, Serigne Guèye Diop : « Il y a encore beaucoup d’efforts à faire pour nous convaincre ». Les mêmes efforts à déployer pour faire sentir l’effet des « invisibles » 1000 « volontaires de la consommation ». Par contre, l’Etat n’a presque rien sacrifié. La mutualisation des agences n’est pratiquement plus à l’ordre du jour et les députés tiennent encore à leur confort dans la mobilité pour bien applaudir et mieux affiner leurs envolées laudatives.
𝗟𝗮 𝘁𝗿𝗮𝗾𝘂𝗲 𝗱𝗲𝘀 « 𝗵𝗼𝗺𝗼𝘀 »
La question de l’homosexualité était très attendue à l’Assemblée nationale. La « majorité » n’apprécie guère qu’on lui rappelle sa promesse de « criminalisation » de ce mal. Elle se contente d’une modification de l’article 319 de la loi n°60-65 du 21 juillet 1965 portant Code pénal, modifié. La « future loi » « durcit » les peines avec « un emprisonnement de 5 à 10 ans et d’une amende de 2.000.000 à 10.000.000 de francs Cfa » à toute personne qui aura commis un acte contre nature et une « amende de 2.000.000 à 10.000.000 Fcfa ».
Mais le danger se situe au niveau du dernier alinéa évoquant la dénonciation : « Toute personne qui aura dénoncé, par l’un des moyens énoncés à l’article 248, l’un des actes prévus au présent article, sans en rapporter la preuve, sera punie d’un emprisonnement de 2 à 5 ans et d’une amende de 500.000 à 2.000.000 de francs Cfa ». Finalement, mépriser le mal sera moins coûteux que de le dénoncer ? Une situation risquant d’encourager un fléau qui prend, de jour en jour, de nouvelles proportions.
𝗦𝘁𝗮𝗿𝗹𝗶𝗻𝗸 𝗲𝗻𝘁𝗿𝗲 « 𝘇𝗼𝗻𝗲𝘀 𝗯𝗹𝗮𝗻𝗰𝗵𝗲𝘀 » 𝗲𝘁 « 𝘇𝗼𝗻𝗲𝘀 𝗱’𝗼𝗺𝗯𝗿𝗲 »
Les cyberattaques contre la Direction générale des impôts et des domaines (Dgid) en octobre 2025 et de la Direction de l’automatisation des fichiers (Daf) en ce mois de février n’ont pas encore connu leur épilogue et voilà qu’on se bombe le torse avec l’arrivée de Starlink pour soi-disant « réduire la fracture numérique ». « Aucun Sénégalais ne doit rester au bord de la route numérique », a déclaré le ministre des Télécommunications.
A l’Assemblée nationale, Alioune Sall a préféré « argumenter » sur « l’apport » de ce fournisseur d’accès à internet par satellite dans les « zones blanches » du Sénégal plutôt que d’être transparent sur son processus de déploiement et la contrepartie financière de l’Etat du Sénégal. Il instaure des « zones d’ombre » d’opacité pour le bien des « zones blanches ». Et pourtant son « gardien de la révolution » a insisté sur la « bataille de la bonne gouvernance » pour mener à bon port le « projet ». Le pilier fondamental de la bonne gouvernance, c’est la transparence. Les « accords cachés » et les « rapports cachés » sur des secteurs essentiels de la vie d’une Nation sont capables de faire perdre toute « bataille » menée au nom d’une « bonne gouvernance » de façade.
Pape Matar Sélane

