C'est à l'aube, vers 06h du matin, que le piège s'est refermé. Grâce à un renseignement précis faisant état d'un trafic intense de crack dans le secteur, les hommes de la brigade de recherche ont investi un appartement de la cité Yves Niang. Sur place, la surprise est totale : les policiers tombent sur un groupe de jeunes en plein « festin » chimique.
Le mirage des réseaux sociaux face à la réalité du "Caillou"
Parmi les cinq visages qui défilent désormais dans les couloirs du commissariat, celui de Fatimata Traoré, alias Imane Traoré, retient particulièrement l'attention. Née en 2005 et originaire de Dahra Djoloff, elle se présente fièrement comme TikTokuse. À ses côtés, d'autres jeunes de sa génération : Djéba Sow, une coiffeuse de 22 ans, et Pape Diouf, un livreur "tiak-tiak" de 21 ans.
Le contraste est saisissant entre l'image lisse souvent projetée sur les plateformes numériques et la réalité sordide de la consommation de crack, une drogue particulièrement dévastatrice également appelée "caillou".
Le livreur "Tiak-Tiak", pivot du réseau
L'enquête a rapidement permis d'identifier la structure du réseau. Interrogés, les consommateurs ont désigné Pape Diouf comme leur fournisseur principal. Le conducteur de scooter utilisait sa mobilité pour livrer la marchandise, une ruse de plus en plus courante dans la banlieue dakaroise.
Interpellé à la station de Yeumbeul avec son scooter Liberty, Pape Diouf a choisi de collaborer. Cette reddition a permis d'arrêter le cinquième membre de la bande, cueilli en flagrant délit de livraison. Lors de la fouille, les enquêteurs ont mis la main sur un butin technique et criminel :
- 8,6 grammes de crack (sous forme de deux pierres imposantes) ;
- Matériel de conditionnement (sachets plastiques, aluminium) ;
- 9 téléphones portables (servant probablement aux transactions) ;
- 2 motos scooterssaisis comme outils du crime.
Le procureur Saliou Dicko, immédiatement informé, a ordonné le placement en garde à vue des cinq suspects. Ils font face à des charges graves de détention et de trafic de drogue dure, ainsi que d'association de malfaiteurs.
Cette opération du commissaire Ousmane Diop envoie un message fort : la cité Yves Niang n'est plus une zone de non-droit pour les dealers, et la notoriété numérique ne constitue en aucun cas un bouclier contre la loi.

