Le député Tahirou Sarr, présenté comme leader des « nationalistes », est monté au créneau pour fustiger la démarche de la ministre de la Justice Yacine Fall, qu’il qualifie de « bassesse ». Plus encore, il affirme avoir eu raison de dénoncer, dès le départ, une instrumentalisation politique du dossier par Pastef.
« J’avais tort… et je m’en excuse » : le virage spectaculaire de Tahirou Sarr
Le point le plus marquant de sa sortie est sans doute cette phrase : Tahirou Sarr dit regretter d’avoir voté la première levée de l’immunité de Farba Ngom, dans le cadre de l’« affaire des 125 milliards ». À l’en croire, cette expérience lui a servi de leçon : il estime désormais que l’affaire est devenue un outil de règlement de comptes, et non une procédure strictement guidée par l’intérêt de la justice.
Ce repositionnement,vise à la fois à reprendre la main sur son récit (ne pas apparaître comme un simple suiveur) et à installer l’idée que la majorité, en revenant à la charge, chercherait moins la vérité judiciaire que l’affaissement politique d’un adversaire.
Une offensive contre Yacine Fall… et un procès en “acharnement”
Dans sa lecture, la demande portée par la Garde des Sceaux n’est pas un acte technique de procédure, mais un choix politique. Tahirou Sarr accuse implicitement le pouvoir de vouloir s’enfermer dans une logique punitive : frapper, humilier, isoler.
C’est une stratégie classique dans les batailles politiques : déplacer le centre de gravité du débat. Plutôt que de répondre sur le fond des accusations, il met en avant l’intention présumée du camp d’en face : “ce n’est pas la justice, c’est une manœuvre”.
Ce que dit le gouvernement : des faits liés à des téléphones en détention
De son côté, la ministre de la Justice, Yacine Fall, justifie la nouvelle saisine par des faits distincts : lors d’une fouille datée du 28 décembre 2025, des téléphones auraient été retrouvés en détention.
La ministre évoque des échanges non autorisés, incluant la réception et le partage de contenus à caractère pornographique, et affirme que des échanges auraient concerné « y compris l’un de ses avocats ». Elle annonce également la saisine du Bâtonnier, pour que les instances ordinales apprécient les responsabilités professionnelles éventuelles.
Cette version gouvernementale vise à verrouiller deux messages : tolérance zéro en prison, et séparation stricte entre politique et discipline carcérale. Mais Tahirou Sarr, lui, balaie l’argumentaire et parle de « bassesse », suggérant que l’exécutif cherche surtout l’effet d’opinion.
Le 16 février, un vote à fort enjeu
La levée de l’immunité de Farba Ngom est annoncée pour le 16 février, lors d’une séance plénière. La procédure prévoit la mise en place d’une commission ad hoc (11 membres) chargée d’examiner la demande, d’entendre le député concerné (assisté éventuellement d’un collègue), puis de remettre un rapport. En plénière, la parole est strictement encadrée (président, rapporteur, gouvernement, député ou défenseur, et un orateur contre). Le vote se fait à la majorité.
